Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le MAH engage Bénédicte de Donker pour les arts appliqués

Crédits: Jacqueline Deshayes/ République du Centre

A la fin 2015, Marielle Martiniani Reber, conservatrice responsable des arts arts appliqués des Musée d'art et d'histoire depuis 1995, quittait l'institution. Retraite. On ne peut pas dire que le MAH l'ait alors couvertes de fleurs, ni même de compliments. La scientifique venait pourtant de mettre la dernière main à son exposition d'adieu, «Byzance en Suisse», au Musée Rath (1). Au moins la dame aura-t-elle tenu debout jusqu'au bout. Une chose que ne partage pas son collègue José Godoy, spécialiste des armures, parti quelque part en 2015. L'Espagnol a terminé son itinéraire (dont il restera une magnifique exposition, «Parures triomphales», en 2003 au Rath) très atteint dans sa santé morale. Il ne travaillait plus, selon mes sources, qu'à 10 pour-cent, la demi journée hebdomadaire maintenant un semblant de présence. 

Je n'ai pas entendu parler du remplacement de monsieur armures. Pour Marielle, qui a beaucoup produit et publié, le choix d'une remplaçante est fait. Je ne sais bien sûr pas grâce au MAH, où l'on communique peu en dépit des apparences. Il y a eu un bruit local, confirmé par des amis français. Car l'heureuse élue vient de France, comme de bien entendu. Genève croit beaucoup aux grandes écoles et aux beaux certificats du pays voisin. Une chose qui n'est pas le cas des autres cantons romands.

Une transfuge d'Orléans 

Bénédicte de Donker, 38 ans, quittera donc en juin prochain les musées d'Orléans pour Genève. La conservatrice s'est exprimée à cette occasion, avec les phrases toutes faites requises. «J'avais envie de revenir vers un travail dans une métropole, avec aussi cette dimension internationale qui m'intéresse», a-t-elle déclaré à «La République du Centre», le journal local. Notez que l'article cité date du 10 février dernier. Avant le résultat négatif de la votation du dimanche 28. 

Un peu de biographie, maintenant. Bénédicte a passé par le Musée Galliera de Paris en 2000-2001. Elle a continué par le Petit Palais, autre musée municipal, en 2003-2004. Elle a réussi l'examen de l'Institut national du patrimoine, qui lui permet d'aspirer à une place de conservatrice. Rappelons que cette compétition, monstrueux exercice de bachotage mettant en lice des bêtes à concours, désigne une quinzaine de lauréats pour environ 1200 postulants. Bénédicte de Donker s'est ainsi retrouvée en 2006 à Orléans, alors dirigé par Isabelle Klinka. Le Musée des beaux-arts, aux allures de nécropole, conserve une fort belle collection d'art, avant tout ancien. Une collection peu visitée, hélas, comme toutes les nécropoles.

Le pôle à la naissance douloureuse

Il y a quelques années, la Municipalité orléanaise s'est mise à phosphorer. Ne fallait-il pas créer un pôle (2) muséal de cinq institutions avec le musée, la Maison Jeanne d'Arc, le Centre Charles-Péguy, le Muséum et le Musée d'archéologie? C'était le Muséum qui semblait le plus interpeller les élus. Il fallait faire d'Orléans une «capitale de la biodiversité». On reconnaît là ce langage tartignole qui fait aujourd'hui tache d'huile partout. Isabelle Klinka est partie. Bénédicte l'a remplacée «ad intérim». Un intérim qui a tout de même duré deux ans. 

En septembre 2015, on apprenait qu'Orléans avait choisi la personne à même de diriger le fameux pôle. Il s'agissait d'Olivia Voisin. Agée de 33 ans, cette dynamique personne a très bonne réputation. Chacun loue le travail d'aménagement et de restaurations qu'elle a conduit à Amiens. Bénédicte de Donker montait alors une exposition consacrée au dessin, dont Orléans conserve l'un des plus riches cabinets de province. «Le dessin, de l'atelier au musée» s'est terminé le 31 janvier 2016. Sa commissaire postulait déjà pour Genève.

Avenir très flou 

Il me reste à lui souhaiter beaucoup de chance dans la maison du bonheur. Nul ne sait ce qui va se passer après le refus par le peuple du crédit d'agrandissement du MAH. Il n'y a dans la maison mère aucun projet d'exposition pour 2016 ou 2017. Personne ne dit si l'on va fermer, ni a fortiori quand. On ignore tout d'un déménagement qui a déjà vu louer de nombreux espaces chez Natural Lecoultre (pour les arts graphiques, notamment). La seule chose sûre est que Laurence Madeline, dont dépendra à mon avis Bénédicte de Donker (3), est en arrêt maladie depuis des mois (4). Une chose toute naturelle ici. Un conservateur suisse se plaignait devant mois, il y a quelques semaines, de ne jamais trouver d'interlocuteur. «C'est à croire qu'ici la moitié des gens sont ici en arrêt de travail.» 

(1) «Byzance en Suisse» se termine ce dimanche 13 mars au Musée Rath.
(2) «Pôle» est le mot qui revient de plus souvent chez nos voisins avec «espace» et «centre».
(3) Selon des informations reçues le 11 mars, Bénédicte de Donker dépendrait en fait directement de Jean-Yves Marin.
(4) Laurence Madeline aurait (conditionnel) cependant trouvé le courage de participer au colloque sur le panorama, lors de l'étape marseillaise de l'exposition qu'elle a montée en 2015 pour Genève. Une rumeur, relayée par un système de mails croisés, annonce son départ prochain du MAH. Mais il s'agit d'un des nombreux bruits de l'après 28 février.

Photo: (Jacqueline Deshayes/La République du Centre). Bénédicte de Donker au Musée des beaux-arts d'Orléans.

Texte intercalaire.

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