Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le FMAC montre des "Biens publics" au Rath

Il a passé par ici. Il repassera par là. Cet hiver, le Fonds municipal d'Art contemporain (FMAC) ressemble au furet. Il se montre partout, alors qu'il manque ordinairement de visibilité. Le Bâtiment d'Art contemporain (BAC) genevois ne lui offre que des bureaux, au rez-de-chaussée, en sus d'un lieu dédié à la vidéo. Notons que ce dernier propose, depuis le 15 janvier, une manifestation intitulée «Donner à voir» (1). Nous étions donc prévenus... 

Pour parler du FMAC, une interlocutrice s'impose. Il s'agit de Michèle Freiburghaus. C'est avec elle que je vais donc parler d'«artgenève», qui a eu lieu fin janvier, de «Biens publics», qui s'ouvre au Musée Rath le 27 février, comme du projet qui arrive à bout touchant dans la ville de Nantes. Le FMAC s'installera le 5 mars dans Lieu Unique. Un endroit que l'on connaît mieux sous son ancien nom. Il s'agit de l'ancienne biscuiterie Lefèvre Utile. Celle qui produisait les petits LU. 

Comment vivez-vous, Michèle Freiburghaus, le fait ne ne pas avoir des salles permanentes pour montrer les œuvres acquises par le FMAC?
Nous ne sommes pas un musée. Ni un centre d'art. Nous restons une entité s'inscrivant dans le réseau des institutions genevoises vouées à l'art contemporain. Je trouve notre statut d'électron libre génial. Il nous permet de remplir notre mission, qui est de soutenir les artistes. C'est cette fonction qui nous a en fait amenés à former une collection, en effectuant des achats tant auprès des créateurs que de galeries locales. 

Un peu d'histoire. A quand remonte votre existence et votre mission a-t-elle changé depuis?
Le Fonds date de 1950. Il a donc un an de moins que le Fondes cantonal, avec qui il dialogue aujourd'hui de façon harmonieuse, en usant de toute la concertation voulue. Le Fonds cantonal, aujourd'hui dirigé par Diane Daval, s'intéresse davantage que nous à la production internationale. L'idée initiale était de décorer les espaces publics et l'intérieur des administrations municipales. Nous avons gardé cette dimension. Le FMAC passe encore des commandes. L'idée d'acquérir des œuvres mobiles est venue ensuite. Elle permettait de multiplier les encouragements. C'est rare, long et coûteux, une commande publique! En plus, et le phénomène existait déjà au le XIXe siècle, la mise en place d'un monument extérieur exacerbe les passions. Le magistrat doit se sentir de taille à affronter les mécontents. Cela dit, de nos jours, on élève moins de statues. Nous nous infiltrons dans la ville. Pensez aux néons sur les toits de la plaine de Plainpalais. 

Des créations que nul ne remarque... Il faut dire qu'il y a déjà beaucoup de choses dans les rues.
Je sais. Sans hiérarchie aucune. L’œuvre d'art, la poubelle et l'aubette finissent par posséder le même impact visuel. 

Vous sentez-vous à l'aise avec le volume de votre collection?
Pour ce qui est de la gestion, on gère. L'équipe est bonne. Elle s'entend bien. Nous avons 2400 pièces, dont 300 sculptures en plein air. Il faut ajouter à ce nombre les 2000 vidéos du Fonds André Iten, qui nous sont parvenues de Saint-Gervais. Pour notre collection propre, tout est inventorié de manière approfondie. Scientifique. En ce qui concerne le Fonds Iten, il reste beaucoup de travail. Nous arrivons à mi-course. Si l'ensemble réuni est exceptionnel, il lui manque énormément de documentation. 

Venons en à «artgenève».
C'est la troisième fois que nous y étions, avec un stand loué à la moitié du prix payé par les galeristes. Cette fois, nous sommes venus seuls. Sans partager l'espace. Nous en avons profité pour montrer les acquisitions de 2013-2014, réalisées avec le 2% du budget immobilier de la ville voué aux achats artistiques. Il y a eu là une nette amélioration. Il nous a longtemps fallu nous contenter du 1%, ce qui limitait notre pouvoir d'intervention. 

Vos impressions de salon.
Je juge important le fait de participer à une foire comme «artgenève». Nous avons l'occasion, pendant cinq jours, d'expliquer en persone au public les raisons de nos choix. Nous pouvons aussi mettre les galeristes en contacts avec les artistes genevois. Tami Ichino, une Japonaise œuvrant depuis longtemps à Genève, a beaucoup intéressé deux marchands étrangers. 

«Biens public» ouvre le 27 février au Musée Rath.
Il s'agit d'une manifestation collective regroupant des pièces issues du Mamco, du Fonds cantonal, du Musée d'art et d'histoire et de chez nous. L'exposition participe de la volonté du Mamco de fêter dans tout Genève son vingtième anniversaire. Il y a eu le Musée de la Croix-Rouge. Il y aura le Musée international de la Réforme... Le Mamco pilote donc, en dialogue avec les intéressés. Pour nous, c'est l'occasion de proposer ailleurs que dans nos murs une programmation vidéo. Des réalisations autres sont prévues aux murs. L'une d'elles pose problème (2). Il s'agit d'un tableau d'Olivier Mosset si vaste qu'il faudrait le décadrer. Je veux l'accord de l'artiste avant de dire oui. 

Mosset est un nom connu.
Il y a beaucoup de gens confirmés au Rath, de John Armleder à Sylvie Fleury. Il s'agit de montrer que Genève, si souvent décriée, n'a pas manqué le coche. Les deux commandes ponctuelles sont d'ailleurs faites à des gens confirmés. Il s'agit de Christian Robert-Tissot et de Mai-Thu Perret. 

Nantes, maintenant.
Ce sera le résultat d'une double rencontre. C'est d'abord celle des gens de Lieu Unique, un centre culturel favorisant non seulement les arts plastiques, mais la musique ou la danse. L'équipe, qui a la chance de travailler dans un superbe bâtiment historique, bien transformé, nous a séduit. Nous connaissions par ailleurs Gentilgarçon et Carole Rigaut, qui dirige Halle Nord à Genève. Ils font parfois office de commissaires d'exposition. Ils avaient envie de travailler sur notre collection. Leur idée était de montrer une trentaine d’œuvres sur le thème du paysage, avec des pièces rarement vues. Tout doit se découper en paysages. Le propos se tient. Il a mis tout le monde d'accord. J'espère que le résultat, qui devrait ensuite partir pour le Japon, sera aussi montré quelque part à Genève. 

(1) Jusqu'au 14 mars au BAC, 34 rue des Bains. Tél. 022 418 45 40, site www.ville-geneve.ch/fmac-mediatheque Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h.

(2) L'entretien a été réalisé le 13 février.

Pratique

«Biens publics», Musée Rath, place Neuve, Genève, jusqu'au 26 avril. Tél. 022 418 33 40, site www.institutions.ville-geneve.ch/mah Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Vernissage le 26 février pour les privilégiés, dont je ne suis pas. Photo (DR): Une des commandes publiques du FMAC à Genève. Le Fonds municipal aime bien s'infiltrer, au lieu de s'imposer.

Prochaine chronique le vendredi 27 février. Cocorico! Première maison française, Artcurial publie ses résultats 2014 alors que sa vente de voitures, en février 2015, a pulvérisé des records.

 

 

 

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