Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Centre d'art contemporain montre Qiu Zhijie en grand

Crédits: Annik Wetter/Centre d'art contemporain, Genève 2017

La Chine est proche. Ce véritable continent, qui semblait si lointain dans les années 1960, ne cesse de s'imposer sur la scène internationale. Pas seulement en économie ou en politique. Mais aussi dans le domaine des beaux-arts. Son avancée doit beaucoup dans Genève aux travaux pionniers de Pierre Huber et de sa galerie Art & Public. L'homme était encore il y a quelques mois derrière la présentation de verreries signées Fang Lijung à l'Ariana. 

Aujourd'hui, c'est un plasticien multi-médias que propose sur ses trois étages le Centre d'art contemporain. Il fallait bien ce volume pour accueillir Qiu Zhijie, qui propose des travaux très différents les uns des autres (la documentation de presse préfère parler de «polymathe»). S'imposait un titre fédérateur. Il a porté sur «Journeys without Arrivals», les choses ne pouvant s'exprimer qu'en anglais dans le monde de l'art contemporain. Il faut aussi dire que tout n'a pas été conçu en même temps, quoique puissent faire penser les artifices de la mise en scène. L'actuelle rétrospective propose en fait trois décennies de création. Elle couvrent en gros l'évolution de la Chine depuis sa libéralisation, du moins apparente. On sait que ce n'est pas toujours le grand amour entre le régime toujours en place et ses artistes un tant soit peu dissidents.

Un voyage 

«Cette rétrospective propose un voyage dans l'univers philosophique et artistique de Qiu Zhijie, doublé d'un voyage intime autour de sa personne même, de sa famille et de ses convictions.» Que cette entrée en matière ne vous fasse pas trop peur! Cette présentation éclatée ne doit pas se voir comprise jusqu'au dernier «kanji». Il reste bien clair qu'une grande partie des notions abordées par un artiste jonglant avec l'histoire, la pensée, les mythes et les récits nationaux échappera en grande partie au visiteur. Ceci d'autant plus qu'il y a énormément à voir. Un étage propose ainsi une bonne centaine d'objets liés au parcours du plasticien. Autant dire qu'il faudrait quantité de visites au Centre d'art contemporain avant d'en ingérer tous les sens cachés. 

Mais qui est Qiu? L'homme a vu le jour en 1969 dans la province de Fujian. Autrement dit en pleine Révolution culturelle. Les «bande des quatre» gouvernait alors dans le chaos, couverte par un Mao Tse Tung à peu près momifié. Qiu, qui vit aujourd'hui entre Pékin et Hangzou, s'est vite fait remarquer. En 1994, il était le benjamin des artistes présents dans l'exposition «China's New Art Post 1989», qui a lancé l'art expérimental chinois hors des frontières nationales. Aujourd'hui, l'aventure de «Journeys without Arrivals» traverse l'Europe. Monté par Andrea Bellini, directeur du Centre d'art contemporain, et Davide Quadrio, ce projet se voit développé avec Eindhoven, aux Pays-Bas, et Lund, en Suède. Il est par ailleurs soutenu par de Bloomberg et Continua. Basée à San Giminiano, cette dernière constitue l'une des plus puissantes galeries internationales actuelles.

Plein la vue 

Le moins qu'on puisse dire est que le résultat en met plein la vue. Il le fait au cinquième étage, avec une salle à l’extraordinaire sol formé d'empreintes noires. Il en impose face à la débauche d'objets du troisième. Il s'agit aussi de quelque chose de très esthétique, voire même esthétisant, ce qui surprend après les dernières prestations du Centre. Le tout avec quelques obligatoires échappées conceptuelles. Séduisant, l'ensemble paraît à certains ambigu sur le plan politique. Il faut dire que l'on ne peut plus parler d'un artiste chinois actuel sans s'interroger sur son attitude vis-à-vis du pouvoir. Elle semble évidente au Musée cantonal de beaux-arts de Lausanne, qui propose en ce moment ai Weiwei avec un gros succès public. Elle l'apparaît moins ici. Mais tout plasticien oriental a-t-il le devoir d'afficher ses oppositions ou ses engagements?

Pratique

«Qiu Zhijie, Journeys without Arrivals», Centre d'art contemporain, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 14 janvier. Tél. 022329 18 42, site www.centre.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (Annik Wetter/Centre d'art contemporain): L'une des salles de l'exposition Qiu Zhijie.

Prochaine chronique le 7 décembre. Ventes à Genève. Et une opération patrimoniale genevoise.

 

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