Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le bottier Manolo Blahnik vole la vedette à Art en Vieille Ville

Crédits: AFP

Vingt-troisième édition! Je ne sais plus s'il faut dire «seulement» ou «déjà». Que voulez-vous? C'est comme cela, avec les habitudes, dont Art en Vieille Ville (AVV) fait désormais partie, Tout le monde connaît les règles du jeu. La liste des participants un peu moins. Il faut dire qu'il s'agit d'une géométrie éminemment variable. Charly Bailly a fait une apparition éclair. Interart ou Krugier ont disparu. Sébastien Bertrand a déménagé. Il y a en prime sans cesse, Grand-Mézel ou rue de la Cité, des petits nouveaux sur lesquels je ne sais rien. Plus quelques autres, dont XXI, dont je préfère ne rien savoir. Le dernier venu se nomme ainsi au 25, Grand-Rue Art Unlimited. Si! Comme si nous étions à Art/Basel! 

Mon parcours d'hier, que les amateurs pourront refaire samedi, commence par la Galerie Grand-Rue, qui fait office de maison-mère dans la mesure où sa directrice Marie-Laure Rondeau chapeaute l'association. La maison connaît ses deux versants, les glaciers et les volcans. Le chaud et le froid, comme dans l'omette norvégienne. Elle exploite cette fois le côté Vésuve avec des gouaches napolitaines que je ne me permettrais pas de trouver un peu répétitives. Tout près de là, L'Exemplaire, qui ne fait pas (encore?) parti d'AVV, propose chez Angle de belles éditions du XXe siècle grâce au travail prospectif de Catherine Tabatabay.

Modernes et contemporains 

Un peu plus loin, Rosa Turetsky reste dans le contemporain grâce à Hans Schnorf, qu'elle a déjà montré plusieurs fois. Il s'agit de peinture semi-abstraite, avec des atmosphères de levers et de couchers du jour. Il y a même un peu de couleur, ce qui n'est pas évident chez Rosa. Schifferli, son minuscule vis-à-vis (seize mètres carré), reste lui dans le papier. Beaux dessins modernes, notamment de Hans Bellmer. Une photo-collage surréaliste importante est partie tout de suite. Normal. La maison commence à se faire un nom. 

Sonia Zannettacci reprend Olivier O. Olivier. La femme reste fidèle à ses artistes, qui n'en vieillissent pas moins, alors qu'elle ne bouge pas. La même qu'il y a trente ans. C'est de la peinture ou plutôt du dessin surréalisant. Du côté du Bourg-de-Four, il faut noter l'accrochage de Grob. Le (relatif) nouveau-venu propose une série de photos de Constantin Brancusi, dont il me faudra parler plus en détail. Un travail sur la sculpture, bien entendu, En face, hors AVV comme on peut être hors-concours, Artvera's accroche des poids lourds du XXe siècle (Vlaminck, Van Dongen, Magnelli..) sur le thème de la mode. Là aussi, il me faudra revenir sur le sujet.

Pressions du sponsor 

Pas grand chose chez Gagosian. Le grand vernissage est ici pour le 8 mai, avec Joe Bradley. Il me manque encore quelques galeries, soit parce que je n'ai pas eu le temps de les faire (on rencontre beaucoup de monde le long du chemin, et papoter prend un temps infini), soit parce que j'y suis indésirable (c'est le cas chez De Jonckheere, ce qui tient pour moi du soulagement). Et puis, il y avait la double soirée dans les deux locaux de Phoenix Ancient Art. Hors AVV! Comment est-ce possible? J'ai cru comprendre que la vertueuse banque Julius Bär, sponsor de l'association, avait posé ses conditions. Ou Phoenix, ou nous et nos sous. Un diktat qui laisse songeur. Une obéissance me semblant tout aussi problématique. La chose n'empêche pas l'espace de la rue Verdaine de proposer des vases grecs fabuleux (dont quelques créations corinthiennes qui me feraient très envie) ou de merveilleux petits bronzes antiques. 

L'événement du jeudi 3 mai n'en restait pas moins l'inauguration à la Corraterie de la boutique de chaussures genevoise de Manolo Blahnik. Du grand art, avec des lézards en relief le long d'une bottine ou un déferlement de (fausses tout de même!) pierres précieuses sur une mule satinée. Ces merveilles, que le public retrouvait sur le tram publicitaire parcourant la rue, me semblent importables. Ce sont de objets d'art. A côté de ces créations, les escarpins de Christian Louboutin semblent faits pour jardiner en pleine campagne. Les invités, et surtout les invitées, se bousculaient dans ce qui fut pendant trente ans L'Arcade d'Edith Moldaschl. De grandes bringues très minces et d'âges indéfinissables sortant en permanence de chez le coiffeur. La nouvelle architecture intérieure, sur le thème du point noir, apparaît très réussie. Les rangements très ingénieux. Revenue de Vienne, Edith confirme ma bonne impression. Mais il est déjà temps d'aller voir le film montrant Manolo, sa vie, son oeuvre. Un peu d'auto-satisfaction ne fait jamais de mal. Surtout quand elle se révèle méritée.

Pratique

Art en Vieille Ville, Portes ouvertes le samedi 5 mai de 11h à 17h, site www.avv.ch

Photo (AFP): Manolo Blahnik et l'une de ses créations.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."