Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La Ville décerne ses Bourses au Centre d'Art contemporain

Crédits: Pierre Abensur

«Il n'a pas été facile de choisir, tant la qualité était grande.» Le magistrat est un flatteur. Je ne sais pas si j'aurais prononcé les mêmes mots que Sami Kanaan face aux produits des onze finalistes pour les Bourses Berthoud-Lissignol-Chevalier, Galland. Mais il s'agissait après tout de distribuer les prix, comme jadis dans les écoles. Sachez donc que Simone Holliger a reçu la Bourse Berthoud et que Clémentine Küng et Félicien Goguey ont reçu les deux Bourses Lissignol-Chevalier-Galland, l'une d'elles au moins étant destinée à un plasticien se dédiant aux arts appliqués. Eh bien, cette fois, les deux sont allés à ce que plus personne n'oserait appeler les arts décoratifs. Comme si le mot était devenu obscène... 

Vous me direz que, réservées aux artistes de moins de 35 ans, les Bourses se décernaient naguère à une autre date. En décembre. Eh bien, tout a changé! Sami Kanaan a voulu «l'inscrire de manière durable dans l'agenda de la très fréquentée Nuit des Bains, en septembre». Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. De 18 heures à 21 heures, ce jeudi 15 septembre, il y avait déjà les vernissages communs des galeries et espaces de l'Association Quartier des Bains. Plus quelques autres inaugurations, allant d'Art & Public à Alexandre Mottier, en passant par la soirée VIP (puisque j'étais invité...) de Genève Enchères. Il y avait également le coup d'envoi de la manifestation «Open End» au Cimetière des Rois, où la Ville de Genève est aussi partie prenante. En plus, il me semble qu'il y avait cette fois moins de monde partout. La première soirée fraîche de l'automne, sans doute.

Sculptures de papier 

Mais revenons aux «Bourses de la Ville de Genève» qui se voient présentées, avec moins de bonheur sans doute que d'habitude, au Centre d'Art contemporain. Sur deux étages. Avec Simone Holliger, le jury a sans doute fait le bon choix, ou le moins mauvais. L'artiste propose des sculptures de papier sur lesquelles jouent le graphite, les pigments, la peinture, le pastel et inévitablement la colle puisqu'il faut bien donner une structure au support. Fragiles, les œuvres donnent pourtant une impression de solidité. Dire, comme le petit catalogue, que «les formes deviennent un espace perméable, utilisées dans un jeu exploratoire permanent, éprouvant leurs potentialités spatiales expérimentales, aléatoires et émotionnelles» tient cependant du remplissage textuel, pour ne pas dire du grand n'importe quoi. 

Clémentine Küng, elle, donne des vêtements. Oh, ils ne ressemblent pas à ceux que l'on trouve dans les boutiques, où il y a pourtant déjà tout et n'importe quoi! Il s'agit de collages inspirés par les soldats de la Première Guerre mondiale et les skateurs californiens des années 1970. Le grand écart. Quant à Félicien Goguey, il se spécialise dans le «hacking» sur ordinateur. Le lauréat propose des moyens d'échapper à la surveillance tous azimuts qui nous aliène et nous met en danger. Je suis assez d'accord, mais je ne vois pas ce que la démarche peut avoir d'artistique. Il me semble s'agir d'activisme social. J'aurais plutôt retenu la proposition, comme on dit maintenant, de Yoan Muldry, qui combine une peinture murale (un dégoulis vert partant du haut des murs), un tableau et une sculpture molle ayant tout de la pieuvre échouée. Mais je ne faisais pas partie du jury.

Pratique

«Bourses de la Ville de Genève, Centre d'Art contemporain, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 16 octobre. Tél. 022 329 18 42, site www.centre.ch Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 11h à 18h.

Photo (Pierre Abensur): Portrait de famille avec Clémentine Küng, Simone Holliger et Félicien Goguey.

Prochaine chronique le mercredi 21 septembre. Visite (enfin!) à la nouvelle Tate Modern de Londres.

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