Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE / La Société des Arts montre son patrimoine dessiné

L'exposition n'est pas secrète, bien sûr. Mais elle demeure tout de même assez confidentielle. Rien, ou presque, sur internet. La Société des Arts genevoise elle-même, qui propose pourtant la chose, se limite à quelques lignes laconiques au tréfonds de son site. Cependant le samedi 16 mai, date de la "Nuit des musées", il a fallu dédoubler la visite guidée. Une heure et demie à l'Athénée sous la conduite de Jean-Marie Marquis, qu'on a connu à la tête du Musée de Carouge. Il conserve la collection de dessins de la vénérable association, fondée en 1776. Elle a donc exactement le même âge que les Etats-Unis d'Amérique. 

"Les dessins ont été déposés par nos soins en 1981 au Musée d'art et d'histoire", explique Jean-Marc Brachard, président de la société. "Nous n'étions pas en mesure de les conserver scientifiquement." Il faut dire qu'il y en a beaucoup, acquis par dons. Environ 5000. Cela fait tout de même moins que les gravures, stockées, elles, au Cabinet des arts graphique. "Là, je dirais que nous en possédons 30.000, mais à ce niveau-là on on compte plus." Il faut dire que cet impressionnant ensemble possédait à l'origine une fonction pédagogique. "Ce matériau servait à la formation des élèves", rappelle Jean-Marie Marquis. "Ils étaient sensés pouvoir ensuite travailler pour La Fabrique, autrement dit l'horlogerie et l'émaillerie. Des spécialités bien genevoises."

Un choix de 70 feuilles

De cette masse de papiers ont été extraites 70 feuilles. Les plus prestigieuses, bien sûr. Boucher, Ingres, Hodler. Et, pour la partie locale, Constantin Vaucher, Jean-Pierre Saint-Ours, Alexandre Calame ou les Töpffer père et fils. "Tout ce monde, ou presque, a développé des liens avec la société", poursuit Jean-Marie Marquis. "Elle a accueilli de célèbres étranger de passage, du sculpteur italien Antonio Canova à la portraitiste Elisabeth Vigée-Lebun." Il en reste des traces, parfois splendides. "Je pense notamment au dessin où le Français Guillon-Lethière montre, de manière allégorique, le 9 Thermidor qui a marqué à Pari la fin de la Terreur en 1794." 

L'accrochage se veut chronologique. Avec un ou deux accidents, tout de même. "La mise en place s'est révélée parfois difficile, étant donné les fortes de différences dimensions." On ne peut par ailleurs pas dire que le Musée d'art et d'histoire ait laissé beaucoup de temps au commissaire. "Vu le moment d'arrivée des œuvres, j'ai eu une demi journée pour installer les dessins aux murs."

Beaucoup de paysages

Le parcours se révèle néanmoins souple et harmonieux. Après une sorte de préambule, le visiteur entre dans le vif du sujet, l'école genevoise "dont le principal apport à l'histoire de l'art reste dans les paysages." Il y a en donc de nombreux, des Alpes à une Italie sublimée. Il conduisent le public jusqu'au seuil du XXe siècle. L'un d'eux semble ici plus à sa place encore que les autres. Un croquis de Jules Crosnier s'imposait dans ce qui reste la Salle Jules Crosnier, aujourd'hui connue pour ses présentations de jeunes artistes... 

La petite pièce attenante, au premier étage de l'Athénée, se voit vouée à la présentation d'un "album amicorum". Ninette Duval, la sœur de Rodolphe Töpffer, qui avait fait un beau mariage, y incluait des œuvres sur papier dues à ses familiers. "Vous remarquerez la taille des dessins et aquarelles", explique Jean-Marie Marquis. "Il sont souvent tout petits. Genève était un ville où l'on aimait le miniaturisé. Il lui fallait donc de petits tableaux, devant lesquels le spectateur pouvait rêver. D'innombrables motifs se contentaient de quelques centimètres carrés à peine."

Suite probable 

La visite est terminée. Mais sans doute pas l'entreprise. D'abord, Jean-Marc Brachard est heureux d'entendre dire à une dame âgée que "pour une fois il a chez lui des choses intéressantes à voir." Le fonds mérite en plus d'autres sondages ponctuels. "On pourrait imaginer ce type d'exposition chaque année, ou plutôt une fois tous les deux ans. La chose aurait bien sûr un prix. Il me faudrait donc trouver de l'argent."

Pratique

"Trésors de la collection de dessins de la Société des Arts de Genève", Palais de l'Athénée, 2, rue de l'Athénée, premier étage, jusqu'au 14 juin. Tél. 022 310 41 02, site www.societedesarts.ch Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 8h, le samedi de 10h à 12h et de 14h à 17h. La société fête cette année les 150 ans de son installation à l'Athénée, construit pour elle par Jean-Gabriel Eynard. Photo (MAH): "Le Grütli moderne", de Ferdinand Hodler. Chaque année, la Société organisait un concours, dont il lui restait les tableaux en répliques dessinées. Notons que Hodler n'a jamais gagné la compétition...

Prochaine chronique le mardi 27 mai. Petite visite au Musée de Grenoble.

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