Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La HEAD archive pour 2064

"A vous qui trouverez ces lignes, alors que depuis longtemps j'aurai été dormir avec mes pères loin de cette terre périssable, je veux envoyer ce souvenir...." 

Ce message d'outre-tombe se trouvait dans une boîte. Celle-ci était scellée dans un mur. Il aura fallu des travaux de réparation à l'Ariana, en 1935, pour que des ouvriers trouvent ce coffret, puis l'ouvrent avec précaution. Qu'y avait-il dedans? "L'air du temps", comme aurait dit la parfumeuse Nina Ricci. Gustave Revilliod (1817-1890), le bâtisseur de l'actuel musée genevois, avait mis là un calendrier de 1865, des journaux de la même année, quelques photos de famille et un ou deux souvenirs. Plus "L'Almanach de Gotha", le bottin mondain qui disait tout sur les familles royales, alors très nombreuses.

A ouvrir dans cinquante ans 

La Société d'histoire et d'archéologie de Genève fête en 2014 ses 175 ans. Il y a eu une exposition. Des parlotes. Des publications savantes (très savantes, même), dont les deux dernières viennent de paraître. D'aucuns ont pensé qu'il fallait quelque chose de plus jeune. De plus ludique aussi, même si nombre d'historiens font preuve d'humour en privé. Est ainsi née l'idée d'une manifestation éphémère, logée dans une cave gothique de la Maison Tavel. "Tout s'est monté en trois semaines", explique Matthieu de La Corbière, qui est allé sonner à la porte de la HEAD (ou Haute école d'art et de design). "Je n'avais hélas que quelques jours à offrir avant un nouvel accrochage", s'excuse Alexandre Fiette, à la tête de ce musée d'histoire locale. 

Sous la direction de Paul Viaccoz, de Jérôme Baratelli et de Benjamin Stroun, des élèves se sont vus invités à imaginer des "capsules pour le futur". Qu'y inclure pour donner, lors de leur ouverture dans cinquante ans, l'idée de Genève en 2014? Vingt-neuf élèves, regroupés en tandem (notez cependant que le nombre est impair...) ont planché sur le sujet. Certains ont imaginé des cartes postales, "pour autant que la poste existe encore". Certaines ont mis dans de la silicone le contenu de trois de leurs sacs. D'autres ont enfin imaginé une petite bouteille par jour, avec de mystérieux prélèvements à l'intérieur. Le tout cacheté à la cire rouge, ce qui donne à l'ensemble un caractère paradoxalement vieillot.

Départ pou les Archives d'Etat 

Il n'y a rien là qui fasse crier au génie. On a pourtant fait semblant, lors du vernissage. Les bébés artistes ont droit au même traitement que les bébés tout court. Leurs premières expressions ont fait se pâmer d'aise leurs professeurs. Des gens ayant de toute évidence le verbe facile et généreux. A la fin de la semaine, les quatorze propositions d'étudiants partiront pour les Archives d'Etat, juste en face. Pas touche pendant un demi siècle! Pour quelle raison cette période, au fait? Pourquoi pas cent ans? "Afin qu'ils puissent assister à l'exhumation", déclare Jérôme Baratelli. "Les auteur pourront voir jusqu'à quel point leurs prévisions sont justes." 

Après tout, pourquoi pas? Un demi siècle, c'est court et long à la fois. En 1964, la Suisse découvrait sa modernité à l'Exposition nationale de Lausanne. J'y étais. Je m'en souviens comme si c'était hier. Les gens autour de moi avaient beaucoup de peine à croire que la "Machine à Tinguely", qui faisait scandale, puisse vraiment espérer représenter l'avenir...

Pratique

Maison Tavel, 6, rue du Puit-Saint-Pierre, Genève, jusqu'au 9 novembre. Tél. 022 418 37 00, site www.mah-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Photo (Georges Cabrera): Les petites bouteilles du tandem Jessica Fischling et Laurent Monnet. Qu'y a-t-il au juste dedans?

Ce texte va avec celui sur le livre "Des céramiques aux hommes" de Marc-André Haldimann, situé juste en dessous.

Prochaine chronique le mercredi 5 novembre. Retour au MEG genevois avec l'exposition sur "Les  rois mochica". Une réussite.

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