Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La galerie Xippas invite en juillet le soleil de Californie

Crédits: Matthew Porter/Xippas, Genève 2018

Pour juillet, Xippas se lance dans l'échange de soleils comme d'autres pratiquent celui des jeunes filles au pair. Le très provisoire été genevois a pris depuis quelques jours en pension, dans sa galerie des Bains, celui de Californie, qui est presque éternel. Avec un dosage équilibré. «Nous avons retenu huit artistes de la galerie, qui se retrouvent mélangés à sept autres de la West Coast», explique Pierre Geneston. Il y a aussi plusieurs générations. Si Richard Jackson flirte avec les 80 balais, Raffi Kalenderian est né en 1981. Or, surprise, alors que le premier bidouille toujours des trucs de vieux gamin (avec notamment un ours en peluche tenant un entonnoir enfoncé entre les fesses), son cadet produit une peinture très classique. Le portrait de «Kate» (2009) évoquerait même Matisse. 

Concoctée par Pierre Geneston, qui a vogué plus d'un mois de Los Angeles à San Diego en passant par San Francisco (que d'anges et des saints!), l'exposition reste de taille moyenne. Elles occupe un seul des deux espaces de Xippas. La chose s'intitule non pas «Go West, Young Man!» mais «Look West, Young Man!». Le public y retrouve du Paul McCarthy, l'homme par qui le scandale arrive régulièrement (1) comme du Mike Kelley. «J'aime beaucoup le dessin que nous présentons de ce dernier», avoue Pierre Geneston. «En jouant avec les questions de genre, il rappelle les années où la Californie incarnait le paradis d'un sexe libre.»

Bettina Rheims et Yves Bélorgey 

Tout le monde n'est pas Américain, à commencer par le commissaire. Les amateurs retrouveront ainsi aux côtés de Bruce Nauman et de Raymond Pettibon (né en Arizona!) la vulgarissime Bettina Rheims (2), qui a aussi sévi du côté de LA, ou le Parisien Yves Bélorgey. «Il est parti afin de peindre de nouveaux paysages urbains dans une banlieue chic de Los Angeles. Elle n'a pratiquement pas bougé depuis les années 1940. Ce lotissement a d'ailleurs été classé monument historique.» Je rappelle que Bélorgey avait aussi portraituré en son temps le Lignon genevois. 

Chacun a ses préférés. C'est là une forme d'injustice parfaitement admise. Voici donc les miens, pour autant que la chose puisse vous intéresser. J'ai un faible pour le petit tableau à la Mondrian où le Britannique Jérémy Dickinson mélange rectangles colorés et reproductions de modèles réduits d'autobus. J'aime bien le panneau, lui aussi de taille restreinte, où Dean Monogenis propose des formes architecturales à la Thomas Huber. Mais à la Thomas Huber avec piscine! Nous sommes tout de même en Californie.

(1) Je rappelle l'affaire du plug anal géant et gonflable disposé par l'artiste sur la Place Vendôme. Il avait été vandalisé. 
(2) Je doute que le très prude Conseil d'Etat vaudois, qui voudrait interdire l'affichage idéalisant ou dégradant les femmes, aimerait la photo de Bettina...

Pratique

«Look West, Young Man!», Xippas, 61, rue des Bains, Genève, jusqu'au 28 juillet. Tél. 022 321 94 14, site www.xippas.com Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h30, le samedi de 12h à 17h.

Photo (Xippas, Genève 2018): Course de voitures à San Francisco selon Matthew Porter. Il y a un truc!

Prochaine chronique le jeudi 12 juillet. Les expositions à voir et à ne pas voir en Suisse.

 

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