Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENEVE/La galerie Schifferli relance le peintre abstrait Wilfrid Moser

Crédits: Galerie Jeanne Bucher, Paris

C'est courageux, mais l'audace paie parfois. Schifferli, qui reste sans doute, en surface physique, la plus petite galerie genevoise (1), propose aujourd'hui Wilfrid Moser (1914-1997). Un inconnu, ou plutôt un peintre tendant à le redevenir. Le nom de ce Zurichois, fils d'un sinologue et d'une pianiste, reste en effet associé à un art des années 1950 à 1970, Rien ne lie de plus l'homme à Genève, même s'il y possède toute l'admiration de Rainer Michael Mason (2), qui signe le texte du petit catalogue. Sa trajectoire se situe entre la Suisse alémanique, Paris où il fut sous contrat avec plusieurs galeries et où le représente Jeanne Bucher, et un Tessin d'adoption. 

Patrick Pouchot-Lermans, qui a longtemps assisté Jacques Benador, a le goût des peintres aujourd'hui méconnus, même si ce n'était pas le cas de Louis Soutter ou de Bram van Velde. Wilfrid (ou Wilfried) Moser pouvait donc bien se placer après Charles Rollier. Il y avait au départ quinze tableaux. Cinq sont immédiatement partis. La chose semble heureuse dans la mesure où les dix toiles restantes se serrent déjà un peu les coudes aux cimaises. Elles reflètent la part la plus abstraite de l’œuvre, qui a aussi connu des figurations à la Varlin. Il faut dire que dans sa jeunesse, qui nous semble aujourd'hui bien lointaine, Moser avait aussi bien rencontré James Ensor ou Ernst Ludwig Kirchner que Nicolas de Staël et Roger Bissière.

Un art sans séduction facile 

Les titres des toiles présentées ne s'en révèlent pas moins concrets. Il y a là une «Banlieue», une «Cathédrale de Rouen» (on pense immédiatement à Monet, même si le résultat n'a rien à voir), un «Rocher» rappelant l'inspiration venu des carrières de pierres et deux «Golgotha». Il ne s'agit pas d'une peinture aimable. Les formes, travaillées à la spatule avec l'apport du pinceau et de la brosse, sont anguleuses. Rien ne ramène, comme il est de tradition, le regard du spectateur vers un point central. La couleur reste enfin terreuse, rougeâtre ou verdâtre. C'est là un art sans séduction, qui n'a rien à voir avec la décoration. Il se situe dans la suite d'une galerie prouvant qu'elle possède une ligne, basée sur un réel goût. Disons que ce pourrait être une ligne de cœur. 

(1) Neuf mètres carrés!
(2) Rainer Michael Mason, je le rappelle, fut longtemps au Musée d'art et d'histoire le directeur de ce qui s'appelait alors le Cabinet des estampes.

Pratique

«Wilfrid Moser», Galerie Schifferli, 32, Grand-Rue, Genève jusqu'au 5 novembre. Tél. 022 312 18 20 ou 079 476 63 20, pas de site. Ouvert du mardi au samedi de 13h30 à 17h30. 

Photo (Galerie Jeanne Bucher): Wilfrid Moser au travail.

Texte intercalaire.

 

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