Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La galerie Joy de Rouvre s'installe aux Bains pour ses trois ans

Crédits: Annik Wetter/Galerie Joy de Rouvre, Genève 2017

C'est un jeu de chaises non pas musicales, mais artistiques. Pierre Huber a définitivement quitté fin juin sa galerie de la rue des Bains. Olivier Varenne devait le remplacer. C'est au final Laurence Bernard qui a pris sa place, abandonnant son espace aux Vieux-Grenadiers. Olivier Varenne y a annoncé sa venue, puis s'est désisté. C'est finalement une Joy de Rouvre en panne de locaux (son mari a repris sa galerie pour y installer certains de ses bureaux) qui remplace Laurence. Tout est bien qui finit bien. Pas de nouveau vide. Et pour Joy une plus grande proximité avec des collègues pratiquant un art plus contemporain qu'à Carouge. 

Joy de Rouvre fête aujourd'hui, en compagnie de divers artistes qu'elle soutient, son troisième anniversaire de galeriste. En toute discrétion. La jeune femme n'est pas du genre à se mettre en avant. Il s'agit d'une personne réservée, préférant voir comme illustration d'un article des pièces de ses poulains que son propre portrait. Je vous dirai juste qu'il s'agit d'une jolie blonde, mère de quatre enfants. D'une personne dont l'action a jusqu'ici tenu en grande partie du mécénat. Joy confiait le grand mur de son local carougeois de la rue des Moraines à un artiste, afin qu'il puisse y brosser une fresque éphémère. Contrairement à ce qu'on aujourd'hui, l'art n'est pas fatalement fait pour durer.

Parlez-moi un peu de vous.
Je suis née en 1977 à Paris, mais je vis à Genève depuis que j'ai 5 ans. J'ai fait un bac, de l'histoire de l'art et un peu de droit à Paris. Retour ensuite à Genève, où j'ai travaillé pour Daniel Varenne (1), à qui j'avais envoyé mon CV. Il tenait une galerie d'art moderne en appartement, rue Töpffer. J'y ai très modestement commencé en rangeant sa cave, avant de devenir peu à peu son assistante. 

C'est votre vrai nom, Joy de Rouvre?
Mais absolument! Un famille intéressée par la culture. Mon grand-père était collectionneur et bibliophile. Art ancien, je précise. Mais l'assimilation de l'art ancien reste pour moi une formation de base. C'est pendant mes études que j'ai découvert la création contemporaine. Je visitais les galeries avec un groupe d'amis. J’en ai tiré un sujet d'études. Mon mémoire portait sur le peintre suisse Olivier Mosset, qui travaille aux Etats-Unis. Je l'ai en fait vu à Genève. C'est l'époque où jai rencontré Pierre Belloni, qui collectionnait. Il est devenu mon mari. 

Comment voyez-vous avec le recul la scène genevoise d'alors?
Elle me semblait déjà impressionnante. Il y avait Mosset au loin. John Armleder, que je vais exposer en janvier 2018. Sylvie Fleury. Christian Robert-Tissot. Les Bains existaient déjà. J'y trouvais dans les galeries bien autre chose de ce qui restait mon pain quotidien près de l'Eglise russe avec les Christo ou les Dubuffet proposés par Daniel Varenne. 

Et ensuite.
Il y a eu une pause. Quatre enfants... Il m'a fallu des années pour retrouver du temps libre. J'avais envie de faire quelque chose. J'ai débuté en organisant un ou deux vernissages à côté de ce qui est devenu ma galerie. Les choses ont plutôt bien marché. J'y trouvais du plaisir. J'étais devenue autre chose qu'une exécutante. Je me sentais libre. Tout s'est alors enchaîné grâce à des rencontres et à des disponibilités. 

Vous avez donc ouvert Joy de Rouvre.
C'était en 2014. J'avais une forte envie de me démarquer. Il existait déjà beaucoup de galeries à Genève. Pour faire venir des gens jusqu'à Carouge, il me fallait un projet original. Il a tourné autour des «wall paintings». Par définition, ces fresques restaient bien entendu invendables. Il me fallait un complément. J'ai demandé à leurs auteurs des sérigraphies, qui se sont parfois révélées de grande taille. Je comblais de la sorte un manque. Il n'y avait plus grand chose dans le genre à Genève depuis les années 1990. 

Comment les choses ont-elles évolué?
Bien. J'aimais l'idée de confier à une artiste l'ensemble de l'espace. J'aimerais du reste continuer dans cette direction, même si ce sera de manière moins régulière. J'ai ainsi collaboré avec beaucoup de Genevois dont l'importance dépasse la scène locale. Il y a eu Robert-Tissot, Stéphane Dafflon, qu'il ne faut pas confondre avec Mathieu Dafflon, Mai-Thu Perret, Vincent Kohler, un Vaudois, Christian Floquet, qui a réalisé pour l'occasion sa première œuvre murale. Les gravures se voyaient tirées à un petit nombre d'exemplaires. Entre sept et quinze. Sept fois sept pour Jérôme Hentsch. Je dois avouer qu'il me reste environ la moitié de ces tirages. Il s'agit pourtant de créations très abordables: entre 300 et 1500 francs. Certaines instances publiques s'y sont intéressées. J'en ai par exemple vendu au Musée Jenisch de Vevey.

Pourquoi ce déménagement aux Bains?
Par un concours de circonstances, Il me fallait laisser place libre à des bureaux de mon mari à Carouge. Il y avait en espace disponible aux Bains. Mes confrères du contemporain m'y poussaient. Il faut dire que le Quartier, un peu en panne, cherchait de nouveaux membres. Je suis ravie d'avoir accompli le saut. Il s'agit maintenant pour moi de suivre le rythme imposé ici. Il exige quatre expositions au moins par an, pour offrir du nouveau lors des trois «nuits» et du «Week-end d'art contemporain». Il me faut un cinquième accrochage pour Artgenève, où je vais participer n 2018 pour la seconde fois. Cinq, c'est bien suffisamment pour moi. Je n'aime pas me disperser. Je reste en plus une toute petite structure. Il y a moi et une assistante à temps partiel. Je ferme donc le mercredi, jour des enfants. 

Parlez-moi de votre votre exposition actuelle.
Elle comporte onze artistes, dont plusieurs avec qui j'ai déjà travaillé. Cela ne fait donc pas tout le monde. Certains intervenants de Carouge n'appartiennent pas à mon écurie, comme on dit. Je citerai dans ce cas Mai-Thu ou Dafflon. On retrouve cette fois Floquet, Hentsch et Robert-Tissot. Mais il y a aussi Sylvain Crosci-Torti, Camila Oliveira Fairclough, Sylvie Fauchon, Hugo Pernet, Dominik Stauch, Arthur Fouray, Frédéric Gabioud ou Baker Wardlow. Ces trois derniers font partie du collectif lausannois Silicon Malley. 

Comment définiriez-vous vos choix?
Je pense avoir une ligne marquée par l'abstraction. Cette dernière, je la vois plutôt géométrique. Cela dit, je n'ai rien d'exclusif. Je peux aussi m'égarer dans la figuration. D'une manière générale, je reste dans la peinture. Mais là aussi il existe des exceptions. Dominik Stauch propose une vidéo, même si la vidéo ne demeure pas de prime abord mon truc. 

Qui sont enfin vos amateurs?
J'ai un petit cercle. Il commence à se former, heureusement. Il y avait des Carougeois. J'espère bien les conserver tout en me montrant ouverte à d'autre collectionneurs. 

(1) Daniel Varenne est le père d'Olivier.

Pratique

«3 Years, Smart Move», galerie Joy de Rouvre, 2, rue des Vieux-Grnadiers, Genève, jusqu'au 23 décembre. Tél. 079 614 50 55, site www.galeriejoyderouvre.ch Ouvert le mardi, le jeudi, le vendredi de 11h à 18h, le samedi de 14h à 17h.

Photo (Annik Wetter/Galerie Joy de Rouvre): Un coin de la nouvelle exposition avec Camila Oliveira Fairclough et Christian Floquet.

Prochaine chronique le jeudi 15 décembre. Andres Serrano au Petit Palais parisien. Sans scandale cette fois...

 

 

 

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