Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La galerie Artvera's propose "L'air du temps". Art et mode

Crédits: Galerie Artvera's, Genève 2018

L'exposition porte le même nom qu'un parfum de Nina Ricci, «L'air du temps». C'est mieux qu'un hasard. L'actuelle présentation de la galerie Artvera's traite des rapports entre l'art et la mode de 1900 à 1930. En trois décennies, tout s'est modifié. Le corset a disparu. Les jupes ont raccourci. Les cheveux aussi. La silhouette féminine s'est simplifiée. Parfois masculinisée même avec les (rares) garçonnes. Ce qui n'a pas changé, c'est la prééminence vestimentaire des dames sur les messieurs. Ces derniers étant voué au noir depuis le début du XIXe siècle, ce sont leurs compagnes, légitimes ou non, qui servent désormais de vitrines aux réussite sociales. 

Située rue Etienne-Dumont, la galerie Artvera's propose régulièrement des poids lourds de l'art moderne. Elle n'a pas failli à la tradition. Le rez-de-chaussée de ce lieu tapissé de noir propose deux Picasso de jeunesse, deux somptueux Vlaminck fauves, un Alberto Magnelli d'anthologie ou le portrait du peintre Jean Metzinger, tulipe à la boutonnière, par son collègue et ami Robert Delaunay. Une toile parfaitement figurative se situant encore bien loin des abstractions qui feront connaître l'artiste dans les années 1910. Il y a aussi un pastel de Degas, un peu antérieur, et une belle composition du Madrilène Joaquin Sorolla y Bastida. Un peintre rare sur le marché de l'art.

Trois parties bien différentes 

L'actuelle présentation proposée par Sofia Komarova se divise plus ou moins en trois. Si les «highlights», comme on dit dans les maisons de ventes aux enchères internationales, occupent la partie visible de la rue, le sous-sol contient deux intéressants appendices. Le premier est une petite présentation vouée à Jacqueline Marval (1866-1932), qui a joui en son temps d'une jolie réputation. La dame a été giletière avant de tenir des pinceaux. Autant dire qu'elle en savait un bout en matières de modes. Après des débuts sages faisant penser à du Maurice Denis, elle s'est ainsi lancée dans la même direction que Marie Laurencin. Formes molles et couleurs pastels. Il faut aimer. 

La troisième présentation tourne autour du théâtre, vu tant du côté russe rouge de Moscou que du côté russe blanc de Paris. Le costume de scène et celui de ville peuvent parfois se regarder en miroir, même si les créations de Boris Aronson, de Natalia Goncharova ou de Ber Issachar Ryback semblent bien trop extrêmes pour se retrouver dans la rue.

Gros catalogue

«L'air du temps» bénéficie d'un gros catalogue. Sofia Komarova a demandé des contributions aussi bien à Jane Pritschard, du Victoria & Albert Museum de Londres, qu'à l'historienne Catherine Örmen. Les auteur(e)s ont livré une analyse sociale de la mode, avec des textes sérieux. Les tableaux présentés se voient accompagnés de leur bibliographie et de la liste des expositions auxquelles ils sont participé. Les historiques manquent en revanche curieusement. Ce sont pourtant des choses qui intéressent les gens, d'autant plus qu'ici tout est à vendre.

Pratique 

«L'air du temps», galerie Artvera's, 1, rue Etienne-Dumont, Genève, jusqu'au 28 juillet. Tél. 022 311 05 53, site www.artveras.com Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 18h.

Photo (Galerie Artvera's, Genève 2018): L'un de tableaux de Jacqueline Marval. Un petit côté Marie Laurencin.

Texte intercalaire.

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