Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La Bibliothèque de la Cité expose les Editions (genevoises) Notari

Crédits: Antonio Marinoni/Editions Notari

Le hasard fait bien les choses. Du moins parfois. Les bibliothèques municipales genevoises ont décrété une année de l'illustration pour 2016. Les éditions Notari fêtent aujourd'hui leurs dix ans. Le second événement s'intégrait parfaitement dans le premier. La Cité présente donc «Tanti auguri Notari» depuis le 14 mai. L' exposition fait la part belle au livre d'enfant. «Il a pris chez nous le dessus», explique Luca Notari qui gère cette petite maison (10 titres en moyenne par an) avec son épouse Paola. Les livres sur l'art, à la base de sa création, restent d'un commerce autrement plus difficile. «D'où des différences de tirage. Un ouvrage pour la jeunesse s'imprime à 1500 ou 2000 exemplaires. Des écrits sur l'art à 500.» 

Le parcours commence par une sorte de cabinet de curiosités. Il y a là, dans une vitrine, quelques-uns des rhinocéros de la collection Notari. «Nous avons recherché leurs représentations jusqu'à la naissance de notre fille.» Plus, bien sûr, des dessins originaux conservés de la fabrication de livres où l'image joue un rôle essentiel. «L'accrochage est moins serré que dans notre appartement, dont nous montrons une photo. Chez nous, il reste à peine un passage dans le corridor entre la bibliothèque pleine et les tableaux sur le mur d'en face.»

Un choix de cinq illustrateurs

L'essentiel des lieux reste cependant voué aux albums Notari, avec un choix focalisé sur cinq illustrateurs et une dizaine de titres. «Sur les cimaises, nous avons installé des pages choisies. Elles ont parfois été installées de manière fantaisiste.» Carrées, celles du Moby Dick sans texte de Roberto Abbiati se retrouvent ainsi disposées en forme de baleine. Précisons qu'une sorte de forêt textile tombe du plafond de la Bibliothèque de la Cité et que Cristina Sitja Rubio a peint directement sur un mur. «Elle a donné pour nous deux albums jeunesse.» 

Voilà le décor planté. Un décor qui restera en place jusqu'au 29 octobre, avec toutes les animations voulues. Reste maintenant à vous faire rencontrer l'éditeur. Il porte plusieurs casquettes. Luca Notari travaille parallèlement à la Fondation Bodmer, à Cologny. «Je suis à 100% aux Editions Notari, à 100% employé d'un musée privé et à 100% père de famille. Cela fait 300%. je n'ai pourtant pas du tout l'impression d'être un suractif.» 

Commençons par les présentations.
Je suis né à Lugano en 1969. Paola en 1971. Nous nous croisions dans la cour d'école, mais sans plus. Deux ans de différence, c'est énorme pour des enfants. J'ai fait mes études de lettres à Fribourg. Elle à Genève, allant jusqu'au doctorat. J'ai commencé par enseigner à l'Ecole Moser, en réalisant assez vite que je n'avais pas envie de le faire toute ma vie. Je me suis donc recyclé en devenant libraire.... aux «Recyclables» pendant un an. 

On vous a alors connu au Musée d'art et d'histoire.
Il y avait alors là une librairie, aujourd'hui disparue, à côté du restaurant Barocco. Le directeur Cäsar Menz voulait la relancer. Je l'ai re-fondée en 2002, avec un statut d'indépendant. Je choisissais les ouvrages, je les faisais venir et je gérais le stock, tout en servant de vendeur. J'ai tenu jusqu'en 2012, moment où j'ai tout liquidé. C'était dur de tenir en raison du faible nombre des visiteurs. 

Vous avez donc été simultanément éditeur et libraire.
Absolument. L'un est du reste né de l'autre. Cela s'est fait suite à des rencontres. A cause de différentes demandes. Disons que j'ai été amené à publier. Le traité sur la peinture de Liotard était introuvable. Il y avait besoin d'un nouveau livre sur Calame. Mon chemin a croisé celui de Michel Butor, qui a joué un rôle si important à l'Université de Genève, alors que les Français l'ont vite oublié après le «nouveau roman» des années 1950. Les projets se réalisaient, ou non. Parfois très lentement. J'ai mis sept ans à mettre au monde le Hodler, qui a fini par sortir en 2014.

Incroyable!
Certaines idées demeurent ainsi au congélateur. Tout reste finalement affaire de rencontres. Je reprends ce mot, parce qu'il est important. C'est très clair pour les livres illustrés destinés à la jeunesse, qui associent un artiste et un auteur. Ils doivent s'entendre. Un équilibre fragile. Je viens de subir un «clash» entre deux d'entre eux. 

Comment un livre se monte-t-il?
D'abord, il faut choisir. Je reçois par mail quatre projets chaque jour. C'est comme ça pour la «jeunesse». Trois ou quatre seulement aboutiront chaque année à une réalisation concrète. En général, c'est nous qui initions le livre. Il y a souvent un texte au départ. Il faut trouver celle ou celui qui le mettra en images. Aucune procédure standard n'existe. Pour «Le renard et l'aviateur», en cours, la base est Saint-Exupéry. Nous avons choisi une illustratrice. Nous verrons comment cela se passe. On n'arrive pas toujours au résultat voulu du premier coup, même si nous avons souvent travaillé plusieurs fois avec les mêmes gens. 

Comment la maison Notari fonctionne-t-elle?
Nous sommes tout petit! Il y a ma femme et moi. Un graphiste. Un relecteur. Si nos livres d'art sont parfois bilingues, ce n'est pas le cas pour ceux s'adressant aux enfants. Il y a même là ce que les Anglo-saxons nomment des «silent books», autrement dit des albums sans un mot. Côté diffusion, nous avons recours à Belles Lettres. Cela nous permet d'arriver en France, en Belgique ou au Canada. Nous avons revendu quelques droits. Je dirai pour terminer qu'au bout d'une décennie nous ne sommes pas seulement connus, mais reconnus. C'est bien, parce que l'édition pour la jeunesse constitue de nos jours un marché surchargé.

Pratique 

«Tanti auguri Notari», Bibliothèque de la Cité, 5, place des Trois-Perdrix, Genève, jusqu'au 29 octobre. Tél. 022 418 32 00, site www.bm-geneve.ch Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 19h, le samedi jusqu'à 17h. Site des éditions, www.éditionsnotari.ch

Photo (Edition Notari): Une double page d'Antonio Marinoni pour «Jardin de plantes» d'August Strindberg.

Prochaine chronique le mardi 18 mai. Edition, toujours. L'Accademia de Venise rend hommage à Aldo Manuzio, le plus grand créateur de livres de la Renaissance. Fastueux!

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