Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'Hôtel des Ventes a séduit avec les frères Brueghel

Si j'en crois le communiqué de presse, «tous les regards étaient tournés vers l'Hôtel des Ventes de Genève ce mercredi 11 mars». C'est sans doute exagéré. N'empêche que les dispersions de mobilier ancien et de tableaux, qui suivaient celles d'archéologie de la veille (la collection Olivier Reverdin, 100 pour-cent des lots vendus), ont marché du tonnerre de Dieu. «Le secteur du meuble du XVIIIe siècle apparaît pourtant aujourd'hui fragilisé», commentait Bernard Piguet, à la tête de l'Hôtel. «Les excellents résultats pour les magnifiques spécimens que nous proposions ont tiré le reste à la hausse.» On connaît le phénomène. Par rapport au très cher, tout paraît bon marché. 

Le lot phare du mobilier était une immense micro-mosaïque du XIXe siècle, exécutée à Rome par un certain Maglia. Estimée entre 50'000 et 80'000, elles est montée jusqu'à 195'000, frais et ICHA compris. C'est beaucoup, mais peu en fait par rapport au travail. Il semble que l'artisan ait travaillé cinq ans à ce chef-d’œuvre de minutie. J'en profite pour rectifier mon tir. Ce mobilier ne provenait pas de Beaulieu, dont le contenu sera vendu en juin, comme je l'avais supposé. Il s'agissait d'une installation tout à fait similaire créée pour Henri-Ferdinand Lavanchy, le créateur d'ADECCO à Bonmont, et donc aussi en terre vaudoise.

Cent fois l'estimation!

De Bonmont provenaient donc les deux lots phares du soir. Il s'agissait de deux tableaux des frères Brueghel. Celui dû à Brueghel d'Enfer, qui existe à onze exemplaires, a atteint 887'680 francs, sur une prisée à 200'000-300'000. La bataille s'est terminée au téléphone entre un acheteur basé en Suisse et un autre appelant de Moscou. C'est toujours fascinant d'assister à tant de passions pour un panneau qui ne vous séduit pas du tout. Le ravissant paysage de Brueghel de Velours est parti, lui, à 425'000 francs, toutes taxes comprises. On en espérait entre 100'000 et 150'000. Notez que dans ce genre d'écart, la magnifique pastorale rococo de Jean-Baptiste Huet a fait 85'000 au lieu des 10'000 à 15'000 prévus. «C'est un tableau magnifique, mais d'un goût très démodé», admettait Bernard Piguet. 

Tout n'a cependant pas réalisé des fortunes, lors de ces vacations où le taux de numéros vendus se situe dans les 80-90 pour-cent, ce qui est énorme par rapport à d'autres maisons de ventes que je ne citerai pas. Il y a eu 900 lots à moins de 300 francs, dont quelques bonnes choses. J'avoue avoir acquis une photo issue de l'illustre Collection Lambert pour 100 francs. En revanche, les gens dans la salle (qui va bientôt fermer provisoirement pour réfection) ont assisté à une spectaculaire «culbute» pour une verseuse en porcelaine chinoise de l'époque Qien Long (fin du XVIIIe siècle). Estimée entre 1000 et 1500 francs, elle a flambé: 110'000 francs. Le centuple. La vie est pleine d'imprévus...

Photo (Hôtel des Ventes): La soirée de mercredi. Le Brueghel d'Enfer ruineux est à droite de Bernard Piguet, au marteau.

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