Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'espace Ami-Lullin raconte le 8e art "Sans photographie"

Crédits: Honoré Daumier

L'exposition joue apparemment du paradoxe. Bien placée au milieu du programme des «50JPG» (1), la manifestation accueillie par la Bibliothèque de Genève (BGE) s'intitule «Sans Photographie». Il n'y a donc aucune image argentique ou numérique aux murs et dans les vitrines de l'espace Ami-Lullin. 

Que trouve-t-on alors dans les oeuvres prêtées par la Fondation Ory-Auer, créée en 2009 par Michèle et Michel Auer à Hermance? Un peu de tout. Nous sommes ici dans les marges du 8e art. Dans cette présentation avant tout historique (peu de pièces se révèlent postérieures aux débuts du XXe siècle), il y a donc des affiches et des caricatures, des peintures et des gravures, des livres et des objets. L'invention officielle de la photographie, en 1839, a en effet suscité un engouement tel qu'il devait se refléter aussi bien dans la presse que dans la publicité ou la vie quotidienne.

Affiches spectaculaires 

Un certain nombre de documents s'adressent avant tout aux connaisseurs de l'histoire du 8e art, en dépit des feuilles de salle, au caractère explicatif. Les débuts de la photographie restent en effet très complexes. Michel et Michèle Auer (j'inverse ici les prénoms pour ne pas faire de jaloux) ont cependant confié à la BGE des affiches attirant le regard. Dues à un certain nombre de dessinateurs de la Belle Epoque, elles vantent parfois des plaques sensibles, comme celles de l'As de Trèfle ou de Lecorgue et Clément. Elles proposent du papier, à l'instar de Martin. Ou alors il s'agit d'un journal «illustré par la photographie», du type «Paris vivant». Les Auer ont poussé loin leur curiosité. Il y a ici de la réclame pour «Ne bougez plus», un film français de 1941 avec Annie France et Saturnin Fabre, et trois estampes japonaises. 

Le parcours, qui bénéficie du décor, lui aussi 1900, de l'Espace Ami-Lullin (où l'on ne peut pas dire qu'il se déroule désormais beaucoup d'expositions), offre bien sûr quelque chose de désuet. Il a néanmoins le mérite de donner aux débuts de la photographie un cadre intellectuel et commercial. Comme le cinéma après lui, la photographie est aussi une industrie, avec ce qu'elle offrait à l'époque de matérialité. son praticien touchait alors du doigt chaque chose, en s'émerveillant qu'une plaque de verre puisse, comme le dit ici un slogan, «opérer à toute heure». C'est loin, tout ça... 

(1) Ou cinquante jours pour la photographie.

Pratique

«Sans photographie», Espace Ami-Lullin, Bibliothèque de Genève, promenade des Bastions, Genève, jusqu'au 11 septembre. Tél.022418 28 00, site www.bge-geneve.ch Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, le samedi de 10h à 17h. Entrée libre.

Photo (DR): L'une des nombreuses caricatures d'Honoré Daumier sur la photographie.

Texte intercalaire.

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