Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'"Erlkönig" de Georges Schwizgebel exposé à Papiers Gras

La foule. Il m'a fallu attendre la seconde séance, samedi dernier, pour voir au cinéma Bio de Carouge les derniers dessins animés sortis du studio GDS. Un studio installé depuis des âges dans la ville sarde. Il n'y avait en fait que deux nouveautés. «Le fil d'Ariane» de Claude Luyet, qui constitue un assez long-métrage pour de l'animation (12 minutes 45), n'est pas tout à fait prêt. Il devrait se voir terminé en février 2016. 

La séance pouvait donc commencer avec «Le dragon et la musique» de Camille Müller. Il s'agit d'un premier film, exécuté par cette étudiante comme travail de master à l'école de Lucerne. «Les élèves doivent trouver un producteur indépendant», explique Georges Schwizgebel. «Ils apprennent ainsi comment chercher de l'argent. S'ils n'y parviennent pas, leur œuvre sera prise en charge par l'institution, mais avec moins de moyens.» GDS a donc assumé ce projet, visiblement destiné à l'enfance. C'est à l'arrivée un travail très propre, très gentil, mais sans rien de révolutionnaire.

Goethe et Schubert 

La plupart des gens, appartenant pour la plupart à la même génération, celle des vieux de la vieille, était cependant là pour voir l'«Erlkönig» de Schwizgebel. Récent lauréat d'un Prix de la Ville de Genève, l'homme donne là une adaptation de Goethe et Schubert. On connaît l’histoire du roi des aulnes (1). Un père chevauche dans une forêt, avec son enfant blessé dans les bras. Celui-ci entend la voix du roi, qui l'appelle insidieusement à la mort. Le roi propose au malade de jouer avec ses filles, qui reprennent ici «La danse» de Matisse. A la fin de la course, le petit garçon a perdu la vie. 

On retrouve là tout l'art développé sur des décennies par Georges Schwizgebel. Le cinéaste donne l'impression de créer un film en un seul plan, avec un changement constant de décor. Il s'agit toujours d'une animation très picturale. L'artiste utilise ici deux techniques. Il y a le gouachage et le pastel sur papier de verre, qui donne quelque chose de plus grumeleux à l'image. La virtuosité se révèle éblouissante. Elle donne envie de revoir «Erlkönig» une seconde fois pour libérer ses émotions.

Dans le laboratoire 

Si je vous parle a posteriori du film, déjà bien connu, c'est parce qu'une petite partie des images est accrochée en l'Ile chez Papiers Gras pour quelques jours encore. Roland Margueron les a présentées dans un ordre chronologique, du début à la fin du film. Une vitrine, dans l'entrée, illustre la manière de travailler de Georges Schwizgebel depuis le dessin en noir et blanc. Le visiteur entre ainsi dans le laboratoire, ou plutôt la cuisine. Il comprend du coup mieux le cheminement menant à quelques minutes inoubliables. 

(1) Michel Tournier a donné sa version très libre du «Roi des aulnes» avec un roman couronné par le Prix Goncourt en 1970.

Pratique

«Georges Schwitzgebel, Erlkönig», Papiers Gras, 1, place de l'Ile, Genève jusqu'au 3 octobre. Tél. 022 310 87 77, site www.papiers-gras.com Ouvert du lundi au vendredi de 12h à 19h, le samedi de 10h30 à 18h. Photo (DR): Une image tirée du film. 

Ce texte va avec un autre sur Maurice Barraud à Morges et une troisième sur la Fondation Baur. Ils sont à la queu leu leu. 

Chronique du vendredi 25 septembre. On en parlait depuis des années. La rétrospective Jean-Pierre Saint-Ours ouvre enfin au Musée d'art et d'histoire de Genève.

 

 

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