Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"L'effet boomerang" du MEG arrive à son terme

Crédits: Tribune de Genève

Certaines choses passent pour se bonifier en vieillissant. Les expositions en feraient-elles partie? Grave question. Je me suis donc pointé pour revoir «L'effet boomerang» du MEG genevois, qui en arrive à sa dernière semaine d'existence. Je n'avais pas aimé en mai dernier la présentation conçue par la scientifique Roberta Colombo-Dougoud et le scénographe Adrien Rovero. Je trouvais aussi malencontreux son parti-pris de galerie d'art contemporain (visant à montrer à quel point les peintres aborigènes étaient entré dans le circuit commercial) que son aspect terriblement bien pensant. Avec les populations autochtones, il faut se montrer de nos jours le plus compatissant possible. On peut le comprendre. Mais avoir mauvaise conscience ne constitue-t-il pas aujourd'hui pour les intellectuels le meilleur moyen de garder bonne conscience? 

Qu'ai-je retiré de ma seconde visite? Exactement les mêmes impressions. Ce qui touche à l'histoire des collections australiennes du MEG est remarquable. Le visiteur découvre la manière dont elles se sont formées, principalement dans les années 1950 et 1960. Il fallait du coup saluer leurs auteurs. Sans Georges Barbey, sans Maurice Bastian surtout, à qui l'institution doit près de la moité de ce qu’il possède en la matière, le MEG ne serait pas le même. Bastian lui a laissé 416 objets, parfois collectés il y a fort longtemps. Pour le reste, je trouve la sélection de peintures aborigènes correcte et les interventions de l'artiste en résidence Brooke Andrew difficilement supportables. Je leur préfère de loin les «ghostnets», à la fois plus authentiques, plus esthétiques et surtout plus évocateurs. Tant mieux si certains d'entre eux viennent d'entrer dans le fonds du MEG!

Parcours permanent à réviser 

Une petite promenade dans la partie permanente me permet d'insinuer que des remaniements semblent souhaitables. Ce n'est pas que la sélection des objets soit mauvaise. Mais elle commence à dater. Si l'on veut donner l'idée d'une institution en mouvement, dynamique et réactive, il faut remplacer une partie des objets par d'autres. Je veux bien que le MEG constitue avant tout depuis sa réouverture fin 2014 un forum. Mais une seule exposition par an et un musée figé, c'est tout de même pauvre sur le plan visuel. Il faudrait au moins trois présentations (une grande et deux petites) par an pour justifier un «staff» aussi important. Quatre serait encore mieux. Ce musée couvre cinq continents, ce qui semble énorme. Il s'agit de le montrer, même si dans le genre le MEG genevois fait tout de même mieux que le Museum der Kulturen bâlois. Agrandi par les Herzog & DeMeuron, ce dernier ne montrait plus que 43 objets de ses collections lors de sa réouverture en 2011!

Pratique 

«L'effet boomerang», MEG, 65-67, boulevard Carl-Vogt, Genève, jusqu'au 7 janvier. Tél. 022 418 45 50, site www.ville-ge.ch/meg Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (Tribune de Genève) Boros Wastiau, dircteur du MEG, Roberta Colombo-Dougoud et les "ghostnets".

Texte intercalaire.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."