Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'art minimal aux Bains, de brouwn à Jason Dodge

Le Quartier des Bains reste certes voué à l'art contemporain. Cela ne signifie pas pour autant que les adhérents de ce club soient homogènes. Il y a chez eux de tout. Je pratiquerai ici un choix. Il exclut la Genevoise Mai-Thu Perret, tant vue en 2011 qu'elle aurait ou se voir élue «playmate» de l'année. Je dirai juste qu'elle expose chez Marc Blondeau. Il n'y aura non plus pas Peter Halley, que Xippas avait déjà montré ici. Je reste assez hermétique à ce que fait Quark, qui offre le «Cordon sanitaire» de Rochelle Goldberg. Voici ma sélection, toute personnelle. 

stanley brouwn à Art & Public. Le Surinamien est un cas. Cet artiste minimal a poussé à l'extrême son retrait de la scène artistique. Il n'accepte ni photos, ni entretiens. Octogénaire cette année, l'homme ne se montre d'ailleurs pas. Il expose, en émettant des conditions draconiennes. Il demeure notamment interdit de mettre des majuscules à son nom. Pierre Huber présente de cet inconnu célèbre une dizaine de pièces, obtenues à l'arraché. Sans explications, comme le somme l'intéressé. Elles sont bien sûr liée à la déambulation et au système métrique, qui constituent les deux grands sujets d'étude de stanley. Le galeriste bénéficie ainsi de son portrait, formé de trois plots de taille différente, dont l'un se réfère à son pied. Difficile de faire plus cérébral, même si la démarche impressionne par son intégrité (jusqu'au 26 juin, www.artpublic.ch

Jason Dodge au Centre d'édition contemporaine. Là aussi, c'est minimal! Dans le vaste espace de la rue des Rois, le designer américain, aujourd'hui âgé de 46 ans, propose en tout et pour tout trois chaussures, plus quelques débris issus de la rue genevoise. Feuilles. Plumes. Déchets... Edités à cinq exemplaires (plus deux épreuve d'artiste), ces souliers ont cependant requis une exécution complexe. Entre le pied gauche et le droit, il y a en effet celui du milieu, tout à fait droit. Un retour à la cordonnerie d'avant le XVIIIe siècle, où l'on ne distinguait pas les deux petons, d'où sans doute des douleurs multiples. La chose a été vernie (on vernit toujours des chaussures) le jour où le Centre a demandé à la Ville une augmentation de ses subventions. On verra la suite. Pourra-t-il vivre un jour sur un grand pied? (jusqu'au 5 septembre, www.c-e-c.ch

Claude Viallat chez Bernard Ceysson. C'est un cas. Le Nîmois se révèle d'une productivité inépuisable. A 79 ans, il remplit de son pinceau des mètres et des mètres carrés, exposant sans relâche dans des lieux parfois improbables. L'an dernier, l'homme de Support/Surface (un groupe formé à la fin des années 1960, avec notament Bernard Pagès ou Daniel Dezeuze) était au Musée Fabre de Montpellier avec des pièces gigantesques, exécutées sur bâches de camion ou tente de cirque. Il s'est modéré ici afin de devenir plus vendable. Simplement accrochées aux murs, où elles pendent, ses toiles exigent malgré tout un bel appartement. L'amateur y retrouvera le protocole habituel du Français, qui décline toujours le même motif de base. Une sorte de virgule, autour de laquelle s'épanouissent les couleurs (jusqu'au 31 juillet, www.bernarceysson.com)

Andy Warhol chez Jancou. Avant de devenir l'homme (et le publicitaire) que l'on sait, Warhol a commencé par beaucoup dessiner. Il travaillait alors pour la publicité et les magazines. Le natif de Pittsburgh s'est ainsi créé un beau trait de crayon. Marc Jancou le rappelle avec une sélection d’œuvres graphiques des années 1950, alors que l'Américain avait une vingtaine d'années. D'une grande économie de moyens, ces dessins rappellent tantôt Matisse, tantôt Cocteau, avec cependant quelque chose de très personnel. On avait vu des œuvre analogues chez Daniel Blau, qui les présentait à Bâle et à Maastricht. Plus besoin d'aller aussi loin, dans une foire éphémère. Il y a dans les trois pièces de la galerie une vingtaine de pièces très caractéristiques. Elles font rêver de ce que Warhol aurait aussi peu devenir (jusqu’au 31 juillet, www.marcjancou.com

Ulrike Gruber à Andata.Ritono. Sur le sol, des débris d'avion. Présentée avec art par Joseph Farine, qui y voit un «jardin oriental», cette installation émane d'Ulrike Gruber, connue pour ses performances acrobatiques. L'artiste a ici récolté, lors de randonnées au glacier des Bossons, les restes de deux appareils libérés par le réchauffement terrestre. En 1950 et 1966, au même endroit, Air India a connu deux crashs, lors de la descente vers Genève. Des affaires d'autant plus mystérieuses que le bruit avait couru, la première fois, d'un trésor transporté et perdu. «Die gescheiterte Hoffnung» (L'espoir brisé) renvoie à Caspar David Friedrich et à l'idée que le sublime «comporte une part de catastrophe et de terreur.» L'espace Etant donné de la galerie contient par ailleurs la sixième pièce de Yuki Shiraishi, intitulée «Discrète». Il n'est pas interdit de voir des analogies entre les deux réalisations (jusqu'au 21 juin, www.andataritornolab.ch)

Photo (Centre d'édition contemporaine): Les trois chaussures de Jason Dodge.

Prochaine chronique le dimanche 31 mai. Le photographe genevois Patrick Gilliéron Lopreno donne un livre sur  les "Monastères".

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