Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'Ariana présente les femmes en porcelaine de la Viennoise Gundi Dietz

Crédits: Gundi Dietz/Musée de l'Ariana, Genève

Quand Anne-Claire Schumacher me parle de Gundi Dietz, que je n'ai jamais rencontrée, je m'imagine tout de suite la Walkyrie. La conservatrice de l'Ariana me décrit une femme de «stature robuste et au regard perçant», avec tout de même les lèvres peintes. La photo publiée en double page du catalogue confirme et dément à la fois ce portrait. A 74 ans, l'Autrichienne y pose tout sourire à côté d'un énorme bronze dont elle est l'auteur(e). La femme ne produit en effet pas que de la céramique, même si elle reste connue pour ça. Ses amateurs lui doivent aussi des sculptures de métal ou même de marbre, taillées par ses soins à Carrare. 

Gundi Dietz constitue donc la vedette du nouvel accrochage du musée genevois pour le verre et la céramique (ou de la céramique et du verre, je ne sais jamais dans quel sens ça va). Elle occupe, au premier étage, les deux grandes salles libérées il y a quelques années pour le contemporain. Avec un petit strapontin, tout de même! Comme l'artiste donne aussi bien de l'infime que du très grand, elle a aussi droit à la vitrine accueillant le visiteur, en haut de l'escalier. Dans cet espace aux allures d'aquarium, elle propose certainement autant de pièces que sur les longues tables métalliques d'à côté. Je vous l'ai dit. Gundi crée également des pièces mesurant quelques centimètres à peine. Il faut parfois les poser sur des coussins de porcelaine colorée.

Une tradition viennoise

Née en 1942 à Vienne, formée dans cette capitale, indépendante depuis 1973, Gundi Dietz a énormément exposé. Elle produit aussi, grâce à une autre formation acquise à Berlin, des masques, pas forcément mortuaires. Son matériau de prédilection reste la porcelaine d'Augarten. Vienne possède comme Berlin ou Saint-Pétersbourg une longue tradition dans la vaisselle de haut luxe. La seule différence, ici, c'est que Gundi ne produit ni vases peints, ni assiettes décorées. Elle pratique la sculpture. On lui doit ainsi de nombreuses figures, en majorité féminines. Mais il y a aussi des animaux, chiens ou rhinocéros. Plus un certain nombre de créatures, indéterminées pour ce qui est du genre et du sexe. Disons que ces dernières comportent alors une solide dose d'animalité. 

Ce sont cependant les figurines féminines qui dominent. Il y a les bustes, tronçonnés légèrement au dessous de la taille, ou alors sous les seins. L'exposition comporte aussi un certain nombre de têtes et de corps entiers. La plupart de ces statues gardent les yeux baissés. Certainement pas par pudeur, vu leur tenue plutôt légère. Nullement par soumission ou par timidité. Disons simplement qu'elles ne dévisagent pas le spectateur, plongées comme elles semblent l'être dans leurs pensées intérieures. Ces dames assument en tout cas leurs rondeurs. Avec Gundi Dietz, nous sommes loin de l'univers de Barbie, même si la récente exposition parisienne sur la poupée (aux Arts décoratifs) entendait bien nous prouver son aspect féministe.

Figures personnalisées 

Comment les œuvres sont-elles faites? Il y a le modèle original, puis le moule en plâtre. La porcelaine qui en sort se voit «customisée», comme on dirait pour une moto ou une voiture. La chose signifie que Gundi la personnalise à l'aide de coups de pinceaux et d'inclusion de fragments de vêtements, ou d'ornements de coiffure. Cette individualisation lui donne parfois un air las. Voire un peu dégoûté. Mais à chaque tirage, l'effet final change. La gémellité s'efface du coup. Gundi Dietz ne produit pas de séries, même limitées. Tous parents, tous différents. 

L'Ariana, qui possède trois pièces de Gundi Dietz (dont une acquise par le mécénat de Gisèle de Marignac) a travaillé en collaboration avec l'artiste et son galeriste alémanique. La présentation qui en résulte a juste le bon format. Davantage (une grande rétrospective dans le sous-sol, par exemple) eut été trop. Il y aurait tout de même, à la longue, une certaine saturation. Et cela même si certaines pièces cassent, si j'ose dire, le moule. Je pense à la grosse tête, aux dents bien visibles, ou au rhinocéros de polystyrène servant de bas-relief sur un mur. Là, le spectateur se dit qu'il se passe quelque chose de neuf.

Pratique

«Gundi Dietz, Essentielles», Musée de l'Ariana, 10, avenue de la Paix, Genève, jusqu'au 26 février 2017. Tél. 022 418 54 50, site www.ariana-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Gundi Dietz/Musée de l'Ariana): L'une des figures de l'artiste autrichienne, aux yeux baissés.

Prochaine chronique le vendredi 21 octobre. Le Louvre honore à Paris le sculpteur Edmé Bouchardon dans le cadre de sa saison XVIIIe siècle.

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