Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'Ariana présente les animaux en danger de Charlotte Mary Pack

Crédits: Ariana, Genève 2018

On ne fait de bonne littérature avec de bons sentiments, disait André Gide dont l’œuvre croupit pourtant au purgatoire. C'est qu'il n'existe pas de règles, et c'est tant mieux! Tout se révèle affaire de talent. C'est ce qui me vient à l'esprit en retrouvant à l'Ariana les céramiques de Charlotte Mary Pack, qui resteront en place jusqu'au 29 juillet. L'Anglaise associe en effet sculpture animalière et préservation des espèces menacées. Il s'agit aussi, avec cette femme de 29 ans, d'une des plus brillantes révélations en matière de porcelaine contemporaine. Ce matériau naguère jugé désuet opère un retour en force. C'est le grès qui fait de nos jours souvent démodé.

Charlotte Mary est née en 1989. Elle a grandi dans une ferme du Kent, l'un des plus beaux comtés de Grande-Bretagne. Tout en voyageant à travers l'Afrique, l'adolescente a ensuite passé par tous les collèges où il faut être. Il convient de rappeler ici l'absence de dogmatisme de nombre d'entre eux, par rapport à la France notamment. Il n'y a pas plus figuratif que la jeune femme qui détaille, accrochés à ses récipients, les animaux choisis. C'est l'attitude requise pour sensibiliser son public et susciter l'empathie. Toutes les bêtes, évoquées dans une pâte qui peut aussi bien se révéler rose ou bleue que blanche, font partie des espèces menacées. Elles sont sur la liste de l'IUCN au titre de «en danger critique», de «en danger» ou de «vulnérable». Le quinze pour-cent des gains de l'artiste se voit du reste reversés à des associations luttant pour la nature.

Le résultat d'un concours 

La céramiste était présente du 16 au 24 septembre dernier au quinzième «Parcours céramique» biennal carougeois. Elle se voyait présentée par Marianne Brand, dont le flair de galeriste céramique (j'aime moins la peinture qu'elle présente) n'est plus à démontrer. L'Ariana lui a décerné un prix à cette occasion. Il consistait en l'achat de six pièces et une exposition. Le musée genevois a été touché par la thématique. Il a surtout apprécié la qualité des pièces présentées, souvent de petite taille afin de conforter l'idée de fragilité des bêtes comme de la porcelaine. Charlotte Mary Pack est une véritable sculptrice se situant dans la tradition du biscuit, cuit à 1210 degrés. Un mode initié dans son pays par la manufacture Wedgwood dès les années 1760. Notons que cette dernière fait aussi partie des espèces en danger. Rachetée in extremis en 1987 par un groupe, cette fabrique historique se situe toujours au bord de la disparition. 

L'exposition promise reste minuscule. Une grande vitrine, en haut de l'escalier conduisant au premier étage. C'est un petit peu peu. Je me demande s'il n'y aurait pas la place d'en mettre deux pour les prochaines expositions de poche. On a généralement deux poches, après tout!

Pratique

«Charlotte Mary Pack», Ariana, 12, avenue de la Paix, Genève, jusqu'au 29 juillet. Tél. 022 418 54 50, site www.ariana-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Ariana, Genève 2018): Détail d'une des porcelaines de Charlotte Mary Pack.

Texte intercalaire.

 

 

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