Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/L'Ariana montre les vases de Jürgen Partenheimer

Il est connu partout.... sauf dans l'aire francophone. Allez savoir pourquoi! Jürgen Partenheimer est pourtant chéri des Muses. Non seulement le Munichois peint, écrit, dessine et sculpte, mais il a dédié son actuelle exposition au premier étage de l'Ariana genevois à Calliope, l'aînée de ces dames. La déesse de la poésie épique et de l'éloquence. 

Si l'Allemand se retrouve à 68 ans dans un musée du verre et de la céramique, c'est bien sûr parce qu'il aussi touché (mais sans se brûler les doigts) aux arts du feu. L'Ariana présente de lui une vingtaine de grands vases, exécutés à Nymphenburg, le Meissen bavarois. Il s'agit de créations tout à fait contemporaines, même si la petite ville reste le Versailles des Wittelsbach. Un temple du rococo, époque bénie où c'était la porcelaine, et non la neige, qui constituait «l'or blanc». 

Comment êtes-vous arrivé, Jürgen Partenheimer, dans une manufacture aussi classique?
Sur demande. Jörg Richtfeld, qui était un directeur génial plein de compréhension pour la création contemporaine, invitait un créateur par an. Il pensait qu'à la base de toute tradition, il y avait fatalement une innovation. J'ai commencé par me promener dans les archives, qui contiennent deux siècles de production. C'est un endroit fabuleux, complètement hors du temps, avec des gens fascinants. Je suis sûr que Fellini, s'il vivait encore, aimerait y tourner un documentaire. 

Que produit aujourd'hui en temps normal Nymphenburg?
Ce qu'on lui demande. Il ne s'agit pas d'une entreprise étatique, comme Sèvres en France, avec ce que cela suppose de pesanteurs. La fabrique est ainsi contrainte au succès commercial. Il ne lui faudrait pas connaître trop d'années successives dans le rouge. Les clients, qui sont des privés, peuvent choisir chez elle un modèle, ancien ou moderne. Il leur sera livré selon le délai fixé. 

Revenons à votre séjour sur place.
Chaque année donc, Jörg Richtfeld, qui a hélas été remplacé depuis, faisait venir un plasticien actuel, Allemand ou non. Il lui demandait s'il était a priori intéressé à une collaboration. J'ai dis oui après ma visite aux ateliers. Il me fallait faire une proposition. J'ai tâtonné. Il me semblait important qu'il s'agisse d'un «Gefäss», autrement dit un contenant. Un récipient, si vous préférez. J'ai fait des esquisses. J'ai montré dix projets. Il fallait resserrer. Je suis descendu à trois, sans plus pouvoir me décider. Lequel était le bon? Personne à Nymphenburg n'avait à ce sujet une idée claire. Il y donc été décidé de produire les trois. 

De quelle manière?
Un thème, suivi de variations. Il y aurait ainsi sept versions du même prototype, avec des décors différents. Sept pièces uniques, multipliées par trois, ce qui donne vingt-et-un. Je demandais un gros effort aux ouvriers, qui ont l'habitude de couler la porcelaine. Je leur demandais de la tourner, avec ce que cela suppose de difficultés techniques, et même de ratages. La moitié des vases a fini à la poubelle. Un mode de faire particulièrement coûteux... 

Comment situez-vous cette nouvelle activité dans votre travail?
J'ai toujours fait un peu de tout. De la peinture comme des textes. J'aime garder un spectre large. Je pense que différentes formes se rejoignent dans «Calliope». Pour moi, la céramique appartient à la sculpture. Il y a le décor coloré. Pictural. Comme la série se voit pour la première fois présentée à Genève dans son intégralité (j'ai même ajouté quelques prototypes), il y a ici en plus une installation. 

La céramique garde parfois de la peine à se faire prendre au sérieux.
C'est vrai. Mais les choses sont en train de changer. En Angleterre notamment, il s'agit d'un medium très en vogue. Pensez que deux gagnants du Turner Prize, le top dans le domaine contemporain, font de la céramique. En Allemagne, en revanche, je dois admettre qu'il subsiste un fossé entre beaux-arts et arts appliqués. Ces derniers souffrent de posséder une fonction. Idée absurde! Les fresques des églises possédaient jadis aussi une fonction décorative. Et bien des cultures sont axées sur l'ornemental. Pensez au monde islamique. 

Comment vous expliquez-vous de rester inconnu en France ou en Suisse romande, alors que vous exposez de Vancouver à Amsterdam, en passant par Pékin?
Mais je me l'explique pas!

Pratique

«Jürgen Partenheimer, Calliope», Ariana 10, avenue de la Paix, Genève, jusqu'au 20 mars 2016. Tél. 022 418 54 50, site www.ariana-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Photo (Ariana): Trois des vases de Jürgen Partenheimer.

Prochaine chronique le mardi 24 novembre. Petit voyage à Karlsruhe, en Allemagne, pour une exposition sur l'auto-représentation «De Rembrandt au selfie».

 

 

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