Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Gilbert Albert va entrer par don au Musée d'art et d'histoire

Crédits: Tribune de Genève

Le dernier bulletin des Musées d'art et d'histoire vient de sortir. Il concerne les mois de janvier à avril. Je l'ai trouvé (mais évidemment pas dans ma boîte à lettres) avec un bulletin de versement à l'intérieur. Bien sûr, ce magazine reste théoriquement gratuit. Mais, comme l'explique le directeur Jean-Yves Marin, «sa parution trois fois par année dépend toujours de votre précieux soutien.» Et moi qui croyait candidement que le MAH touchait près de 34 millions par an de la Ville... 

Toutes les nouvelles ne sont cependant pas mauvaises. Cette édition peut ainsi annoncer un legs et et une convention de donation. Par cette dernière, Gilbert Albert, né en 1930, laisse à Genève par le truchement de sa fondation 92 pièces: objets et bijoux. Le coupe-papier voisine avec le collier. On sait que le joaillier, très longtemps installé à la Corraterie (1) avait adopté un style très reconnaissable dans les années 1960. Les pierres précieuses et semi précieuses se voyaient mêlées dans son atelier à des coquillages, des scarabées ou des coraux. Le tout nappé dans des flots de flots d'or perlé. Il est permis de dire qu'au cours des décennies suivantes, les idées au départ novatrices de Gilbert Albert se sont peu renouvelées, comme ont pu les constater ses clientes des magasins de Genève, de Zurich et même de Paris.

Le legs d'un avocat

Qu'importe! L'homme se devait de rentrer de manière appuyée dans les collections publiques genevoises. C'était (c'est encore) un personnage à la fois irascible et flamboyant. Fastueux à l'occasion. Certains habitants se souviennent ainsi du feu d'artifice que le joaillier avait fait tirer dans la Rade pour fêter je ne sais plus trop quel anniversaire. Il eut été bon que Genève se soucie aussi de son aîné Jean Lombard, également marchand à la Corraterie. Toute une série d'objets précieux de ce créateur devenu très rare ont récemment passé à l'Hôtel des Ventes, qui s'est rebaptisé Piguet depuis. Sans écho, apparemment. 

Le legs maintenant. Il a été consenti par un avocat mélomane de la place, Jean Clostre. Disparu à 80 ans le 4 juin 2016, celui-ci a laissé au MAH quatre toiles. Il y a là un Hodler, «Marronniers au bord du chemin», avec les nuages caractéristiques du peintre. Un autre arbre, «Le petit cognassier», porte la signature de Cuno Amiet et la date de 1936. Le MAH a maintenant encore deux Félix Vallotton supplémentaires. Il s'agit d'«Anémones et mandarines» de 1914. Une oeuvre très sage. «La Cagne et le Baou» de 1922 possède en revanche un aspect intense et figé. Presque surréaliste. Les quatre tableaux, de taille moyenne, seront visibles dans les salles dès le mois de février.

(1) Il n'a fermé boutique, après un rachat chaotique survenu en 2010, qu'en 2013. Des plaintes courent toujours.

Photo (Tribune de Genève): La reprise de 2010. Gilbert Albert, à droite avec Majid Pishyar et Robert Hensler.

Texte intercalaire.

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