Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Gagosian montre un Baselitz à la Hokusai

Crédits: Galerie Gagosian

Il faut partie des rescapés de la scène germanique des années 1970, même s'il ne jouit pas de l'aura d'un Gerhard Richter. Il faut dire que Georg Baselitz, né en 1938, expose beaucoup. Le Sxon est du reste aujourd'hui doublement présent en Suisse romande. La galerie Gagosian, dont il est aussi bien le poulain que le cheval de retour, montre à Longemalle ses dessins d'après Hokusai. La Fondation Jan Michalski propose pour sa part une rétrospective montée par Rainer Michael Mason, spécialiste de l'artiste dont il édite le catalogue raisonné des gravures. 

Je n'ai vu pour l'instant que la présentation genevoise. Il s'agit d'une série récente, remontant à 2015. L'Allemand a conçu des diptyques sur papier. Le panneau de droite est une variation, à chaque fois différente, sur l'autoportrait du Japonais Katsushika Hokusai (1760-1849), le «vieillard fou de dessin», réalisé en 1842. Celui de gauche constitue une libre réinterprétation des thèmes ayant traversé l’œuvre de Baselitz depuis les années 1960. Notons que l'artiste ne pratique plus la systématique inversion des figures, qui se retrouvaient depuis 1968 la tête en bas, histoire de casser les habitudes du spectateur.

Quelque chose d'assagi

Très cohérent, l'ensemble n'offre certes rien de déshonorant. Il confirme néanmoins le fait que la grande période du peintre est depuis longtemps derrière lui. Il y là quelque chose d'assagi et de finalement convenu. Et puis, il faut toujours se méfier des créateurs «se revisitant». L'effet rétroviseur cache une perte d'invention. Il est à craindre que le Georg Baselitz de 2016 ne soit avant tout un grand collectionneur. Son ensemble de gravures maniéristes est le plus important du monde après celui de l'Albertina à Vienne, ce qui constitue tout de même une référence. Alors qu'il dirigeait ce qui s'appelait alors le Cabinet des estampes, au MAH genevois, Rainer Michael Mason avait du reste montré une partie de cette suite fabuleuse.

Pratique

«Visit from Hokusai, Georg Baselitz», galerie Gagosian, 19, place Longemalle (désormais au rez-de-chaussée), Genève, jusqu'au 18 mars. Tél.022 319 36 19, site www.gagosian.com «Georg Baselitz, Malelade, Bestiaire d'images et de mots», Fondation Jan Michalski, 10, chemin du Bois-Désert, Montricher, jusqu'au 15 mai. Tél. 021 864 01 01, site www.fondation-janmichalski.com Ouvert du mardi au dimanche, de 14h à 18h.

Photo (Galerie Gagosian): L'un des diptyques japonisants de Georg Baselitz.

Ce texte accomoagne celui sur l'exposition de la galerie Ditesheim & Maffei de Neuchâtel sur les arbres. Il se trouve immédiatement au-dessus dans le déroulé.

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