Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"Exclusivement contemporain" au Cabinet des arts graphiques

Crédits: Martial Trezzini/Keystone

Une exposition accompagne comme il se doit le livre paru pour les cent ans de la Société suisse de gravure. Elle est itinérante. Je l'avais vue cet été au Musées des beaux-arts du Locle, que dirige avec tact et compétence Nathalie Herschdorfer. C'est un bon souvenir. La revoici au Cabinet des arts graphiques des Musées d'art et d'histoire (MAH) sous le titre d'«Exclusivement contemporain». Le moins que je puisse dire est que l'accrochage genevois me laisse perplexe. C'est comme cela qu'on dit, si ma mémoire reste bonne, quand on veut rester poli. 

Quatre thèmes se sont vus dégagés. C'est un droit. Il semblait impossible de montrer les quelque 250 planches éditées depuis 1918. «L'être humain» précède ainsi aux murs «La photographie», les «Lignes espaces et variantes» ou les «Espaces». Avec des thèmes aussi généraux, tout devait pouvoir se retrouver au besoin sur les cimaises. Ces dernières se sont vues confiées, et c'est là où commence le problème, à Alessia Catellani, Silvia Francia signant le graphisme des titres de salle. Je ne dis pas que le résultat soit à mes yeux laid, comme l'était la mise-en-scène bigarrée du récent Barthélémy Menn en ces lieux. Elle me semble même assez élégante, avec ses accrochages en nuage faisant penser aux appartements américains des années 1950. Mais attention! Ce concept visiblement griffé a exclu les étiquettes comme les numéros. Les (rares) visiteurs doivent donc repérer sur leur livret d'accompagnement les images reproduites en tout petit afin de savoir de quoi il retourne. C'est le signe de piste pour enfants adapté aux adultes. De qui se moque-t-on?

Gagnants et perdants 

Autrement, la production séculaire de la Société se retrouve comme passée au mixer. 1920 côtoie 2010, ou alors 1950. Il devient difficile dans ces conditions de suivre la ligne, parfois changeante, que s'est imposée l'association. Les grandes pièces, généralement récentes, sortent fatalement gagnantes de ce type de confrontations. Il semble plus facile pour Jürg Kreienbühl de se faire remarquer avec trois machins monumentaux en hauteur et en couleurs que pour Walter Bodmer. Ce dernier a pourtant signé les premières estampes non-figuratives de la Société en 1942. Le trait de Bodmer se voit hélas de loin à peine sur la cimaise, et pas du tout dans le livret... 

Il est permis de regretter que des moyens, aussi modestes soient-ils (n'oubliez pas que le MAH reste un musée pauvre!), aboutissent à un résultat pareil. Il y a notamment des supports pour gravures double-face presque luxueux. Ne vaudrait-il pas mieux que la direction encourage la vaillante petite équipe du Cabinet à créer davantage d'accrochages chaque année, au lieu de balayer systématiquement ce genre d'initiatives? Il existe tout de même ici un fonds que les Genevois ont le droit connaître.

Pratique

«Exclusivement contemporain», Cabinet des arts graphiques, 5, promenade du Pin, Genève, jusqu'au 3 février 2019. Tél. 022 418 27 70, site www.ville-geneve.ch/mah Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (Martial Trezzini/Keystone): L'accrochage en nuage du Cabinet. Plus joli que clair.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur les 100 ans de la Société suisse de gravure.

 

 

 

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