Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Comment le MEG se porte-t-il après cent jours?

Il n'y a pas uniquement Napoléon pour qui «Les 100 jours» comptent (1). Régulièrement, les politiciens se voient interrogés après un peu plus de trois mois. C'est l'instant où «l'état de grâce» va céder la place aux réalités, en général pénibles. 

Boris Wastiau ne fait pas de politique, du moins à ma connaissance. Le MEG, ou musée d'ethnographie, qu'il dirige, a néanmoins rouvert ses portes le 31 octobre dernier. Après trois mois et demi d'activité, il est permis d'établir un premier bilan. Ce n'est pas tous les jours qu'un musée de la Ville de Genève part vers un nouveau destin. Le dernier à ce jour me semble avoir été l'Ariana, en 1993. Autant dire au précédent millénaire. Et il faudra un certain temps pour voir le Musée d'art et d'histoire repartir d'un bon pied... 

Comment le MEG se porte-t-il, Boris Wastiau, au bout de cent jours?
Pour ce qui est de la fréquentation, je dirais bien. Les chiffres se verront officiellement communiqués par le magistrat en avril. Pour vous donner une idée, nous avons totalisé en novembre et en décembre autant de visiteurs qu'en toute une année avant les travaux. Nous faisons des sondages réguliers afin de recueillir les opinions du public et savoir comment il est arrivé chez nous. Le bouche à oreille arrive maintenant au premier rang, avant la presse et l'affichage. 

Qu'est-ce qui va? Qu'est-ce qui ne va pas?
A l'extérieur du nouveau bâtiment, il faudra mettre des barrières pour empêcher les chutes. A l'intérieur, améliorer la signalétique. Le grand espace blanc, avant la descente dans les salles, perdra de sa froideur en devenant un lieu où le visiteur pourra prendre une pause. Les événements ponctuels devront mieux répondre aux attentes. Il suffit parfois de programmer une manifestation un autre jour pour recevoir davantage de spectateurs ou d'auditeurs. Il conviendra aussi montrer de manière visible nos nouvelles acquisitions. 

A ce propos, une ouverture suscite généralement des générosités.
Nous en avons eu. Je citerais deux albums de Casimir Zagurski, qui a séjourné au Congo. Il s'agit d'un des grands photographes ethnologues des débuts du XXe siècle. Nous avions une partie de la collection Rusillon. Les descendants ont décidé de nous confier le reste, qui concerne le Gabon, Madagascar et le Cameroun. Je viens d'apprendre que les héritiers lointains d'un missionnaire contemporain d'Alfred Bertrand nous offraient des photos d'époque et des plaques de négatifs en verre. C'est la Zambie qui est ici concernée. L'attitude du MEG vis-à-vis de la photo a changé. Nous ne la regardons plus comme de la simple documentation, mais comme une œuvre d'art. Pour le reste, je ne peux encore rien dire. Il y a des tractations de longue haleine. Nous sentons un changement d'attitude vis-à-vis de notre musée, que les donateurs en puissance découvrent achevé. Les Pictet nous ainsi fait parvenir de nombreux livres très rares.

Qu'en est-il de vos «Amis du musée»?
Il s'est créé, en prévision de la réouverture, un groupe SAMEG. Il soutient notamment l'achat de pièces nouvelles. Un apport bienvenu dans la mesure où nous n'avons aucun crédit d'acquisition. Ses membres paient une cotisation spéciale à cet effet. Nous manquons notamment d'objets spectaculaires de grande taille. Des choses à montrer hors vitrines. Evidemment, elles ont leur prix, d'où le besoin d'un club de donateurs. Il n'exclut pas les anciens «Amis», qui sont environ 900. La SAMEG peut elle-même recevoir des dons. C'est ainsi que nous pouvons aujourd'hui montrer une rare statue kulango ayant appartenu au peintre Emile Chambon. Un Carougeois dont une grande partie de la collection a fini chez nous, par achat, dans les années 1980. 

La question qui fâche, maintenant. Qu'en est-il se Steve Bourget, dont le journal satirique romand «Vigousse» a dénoncé les supposées pratiques professionnelles le 24 octobre 2014, à quelques jours de l'ouverture de son exposition archéologique sur «Les rois Mochica»?
Il ne fait plus partie de l'équipe du musée. Je tiens à dire que c'est depuis le 1er juillet dernier. Je n'avais aucune raison de communiquer la chose avant l'ouverture. Nous avons eu des difficultés d'ordre professionnel. Rien à voir avec de prétendus vols d'objets ou trafics illicites. 

Sera-t-il remplacé?
Bien sûr. La mise au concours de poste de conservateur est pour bientôt. Il s'adressera bien sûr à un conservateur ou à une conservatrice en chef qui se retrouvera en charge des Amériques. 

L'inauguration vous a-t-elle ouvert des portes?
Au niveau scientifique et institutionnel, oui. Il s'agit de renouer avec l'Université, et en particulier ses département d'Histoire de l'art, d'Archéologie préhistorique et anthropologie, ou d'Histoire des religions. Un master d'ethnomusicologie est à l'étude. Au quotidien, nous sommes également partenaires de quantité de festivals genevois. Nous verrons si leur présence chez nous accroît, ou non, notre public. 

«Les rois Mochica» durent jusqu'en mai. Et ensuite?
Comme prévu en 2015 l'exposition sur «Le Japon bouddhique de Madame Butterfly», dont s'occupe Jérôme Ducor. On y verra l'importance de la religion au Japon au moment de sa découverte par l'Occident dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il y aura en 2016 les îles Fidji. Pour la suite, je ne sais pas encore. Le plan quinquennal jusqu'en 2019 risque de se voir modifié. Au lieu des continents proposés successivement, il pourrait y avoir des présentations transversales. Nous regardons quels sont nos ensembles d'importance mondiale pour développer des idées. Je me laisse quelques mois de réflexion avant de pouvoir répondre. 

Imaginez-vous aussi de petites présentations, sous forme de dossiers?
C'est assez difficile. Notre grande salle se compose de deux espaces de mile mètres carrés. On pourrait théoriquement diviser celui réservé aux expositions temporaires, mais le compartimentage se heurte à des contraintes de sécurité. Cela dit, des micro-expositions dans le musée me semblent effectivement possibles. 

(1) Il est revenu au pouvoir cent jours en 1815. Il y a donc exactement deux siècles. Tout s'est terminé à Waterloo.

Pratique 

MEG, 65-67, boulevard Carl-Vogt, Genève. Tél. 022 418 45 80, site www.ville-ge.ch/meg Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. «Les rois Mochica» dure jusqu'au 3 mai. Photo (DR): Boris Wastiau, bien entendu!

Prochaine chronique le samedi 21 février. La Pinacothèque de Paris propose un Klimt et son temps, en collaboration avec le Belvedere de Vienne.

 

 

 

 

 

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