Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Céramique 2018. L'Ariana donne carte blanche à la galerie Taste

Crédits: Ariana, Genève 2018

«Contenu». Ou plutôt «Contained», puisque nous restons dans le monde anglo-saxon. L'Ariana a donné carte blanche à Taste pour sa nouvelle exposition. On sait que le musée pour le verre et la céramique dispose de deux espaces temporaires. Le grand, celui du bas (voire du très bas, vu qu'il se situe en sous-sol), se voit aujourd'hui occupé par des potières africaines. Je vous en ai déjà parlé. Restait à regarnir celui du haut, au premier étage. Il y a plusieurs années que l'institution a supprimé ici deux salles permanentes afin de créer un lieu voué à la création contemporaine. Le tout en espérant un jour une extension. Comme nous restons en terre genevoise, il faudra attendre pour cela des lustres, pour ne pas dire des décennies, voire davantage. Il n'est cependant pas interdit de rêver. 

Qu'est-ce au fait que «Taste», mot signifiant en anglais «goût» même s'il ne rencontre pas toujours le mien? Une galerie. Passée par Londres, la Néerlandaise Monique Deul a transporté ses pénates en Suisse. C'était il y a sept ans. Elle restait alors amatrice et collectionneuse d'art appliqués contemporains. Après deux ans passé au service du très chic Festival de Verbier, elle a décidé de se lancer, encouragée par Marc Blondeau. Ce dernier disposait encore de son espace souterrain du 5, rue de la Muse pour proposer des accrochages. Il a invité Monique, qui a ouvert son propre lieu en 2014. On ne peut pas dire que celui-ci dispose d'une visibilité rayonnante. La dame se trouve 6, rue Abraham-Constantin, non loin du Musée Baur. Il lui fallait des coups de projecteur. La galeriste a rejoint ArtGenève dès 2015. Je ne peux pas dire que ses mises en scène à Palexpo m'aient beaucoup séduit. On a aussi vu la Genevoise d'adoption à Trésor de Bâle l'an dernier. Je profite de l'occasion pour dire que la seconde édition de cette foire de poche n'aura pas lieu en 2018. Elle se voit repoussée à 2019... ou à la saint glinglin.

Une proposition d'exposition 

Monique Deul a donc reçu une proposition de l'Ariana. Celle de créer une exposition spécialement pour les deux salles du haut. La galeriste a la chance d'exercer en Suisse. La chose resterait inconcevable en France, où le commerce se voit diabolisé par les institutions. L'hôtesse a convié sept personnes qu'elle connaît bien. Elle envisage du reste son travail avec les créateurs comme une collaboration de longue haleine. Monique met sur le tapis son temps, ses relations et de l'argent, ce que ne semble pas rien. Elle exige en retour un engagement. Il ne s'agit pas d'une exclusivité, Monique construisant des carrières en partenariat avec d'autres entités. Elle entend juste rester la galeriste principale. Bref, c'est une maman poule s'activant en faveur de ses poussins.

Pour «Contenu», Monique Deul a donc fait appel à sept créateurs, qui ont souvent conçu des pièces ad hoc. Il y a à l'Ariana des noms plus ou moins connus dans le petit monde des collectionneurs de céramique (et accessoirement de verre). Un microcosme qui va s'agrandissant, tandis que les prix montent. Surtout en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. La femme d'affaires compare du reste la situation actuelle de ce marché spécialisé à celui de la photographie dans les années 1970. C'est encore bon marché, mais plus pour bien longtemps. La distinction entre arts décoratifs et beaux-arts tend à s'estomper. La poterie est devenue un médium parmi d'autres. Des plasticiens confirmés l'utilisent, de Barcelò à Mai-Thu Perret.

Le clan de sept 

Qui sont les sept? Je vous donne vite les noms. Il s'agit d'Alison Britton, d'Anne-Marie Laureys, de Deirdre McLoughlin, de Richard Meitner, de Marit Tingleff, d'Andrea Walsh et de Jeremy Maxwell Wintrebert. Certains se révèlent plus réputés que d'autres. Alison Britton, qui fait des gros pots un peu tordus dont ma grand-mère n'aurait pas voulu pour sa cuisine, jouit d'une cote d'enfer. Longtemps isolée, la Belge Anne Marie Laureys a récemment percé sur le marché international. J'aime bien ses contenants déformés où la fonction utilitaire a disparu. Jeremy Maxwell Wintrebert est revenu pour l'occasion au verre. Il a conçu des récipients inspirés par l'Afrique du Sud. Un petit lien avec l'exposition du sous-sol. Deirdre McLoughin propose de vraies sculptures, un peu à la Jean Arp. Marit Tingleff reste proche du plat. Un plat davantage fait pour les murs que pour passer à table. Il y a encore les boîtes d'Andrea Walsh et les créations en fibre de verre de Richard Meitner. 

On aime ou on n'aime pas. Chacun aura de toutes manières ses préférés. Conçue par Monique Deul avec la collaborations d'Ana Quintero Pérez, de l'Ariana, il s'agit d'une exposition un peu légère et vaguement promotionnelle. Il faut dire que le musée met la dernière main à son événement d'automne, qui sera bien plus que le très attendu Ferdinand Hodler, LA (je mets des majuscules) manifestation muséale genevoise de 2018. Il s'agit de l'hommage à Gustave Revilliod, mécène et créateur de l'Ariana, mort en 1890. Si l'exposition elle-même restera par la force des choses d'une taille raisonnable, il n'en ira pas de même pour le catalogue, qui s'annonce plus que dodu. On parle de 600 pages bourrées de textes scientifiques sur un homme finalement mal connu. Rendez-vous le 2 novembre pour voir ça.

Pratique

«Contained/Contenu», Ariana, 10, avenue de la Paix, Genève, jusqu'au 7 octobre. Tél. 022 418 54 50, site www.ariana-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Musée de l'Ariana): L'une des sculptures d'Anne Marie Laureys.

Prochaine chronique le samedi 5 mai. Brescia de nouveau. Réouverture de la pinacothèque Tosio-Martinengo. Somptueux!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."