Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Benoît Billotte intervient dans l'exposition Alfred Dumont à l'Athénée

Crédits: Youtube

Alfred Dumont n'est pas seul, même s'il trône en majesté. Il a dû laisser une place importante à Benoît Billotte. Il devient difficile aujourd'hui d'échapper à l'intervention contemporaine, surtout dans un lieu aussi vénérable que l'Athénée. Elle doit sans doute se voir considérée comme un bain de jouvence. Agé de 35 ans, le Messin (il est donc de Metz) formé à la HEAD y va donc de sa «proposition», puisqu'un artiste un tant soit peu cérébral ne s'abaisse plus à donner des œuvres. La chose s'intitule «Point d'ombre». La Classe des beaux-arts l'a voulue. Réclamée. Il faut dire qu'elle perdrait sans cela une case avec Alfred. La Salle Jules-Crosnier reste normalement vouée à la création contemporaine. Elle présente chaque saison entre quatre et cinq présentations, dont beaucoup de premières expositions. 

«Au travers d'un détournement formel et conceptuel, l'artiste questionne sans relâche l'impermanence des choses comme des savoirs, des vécus comme des ressentis», dit le livret de salle. Autant dire que l'artiste vise haut. Mais ça marche, du moins dans le cas de Benoît Billotte! Après le Musée archéologique de Rouen, la Société des arts lui a donné carte blanche. L'homme a conçu un tapis, sur lequel il est permis de marcher, et une décoration, peinte en blanc au pochoir sur des murs bleus. Jusqu'ici, rien de grave. Mais il y a le reste. Dans un lieu où l'espace demeure sévèrement compté, l'intervenant a rempli la pièce secondaire de vieux meubles empruntés à la Société, qu'il a recouvert de lés de tissus variés. Je me serais cru revenu «Chez Joseph», à Rive, quand les Genevoises allaient acheter leurs coupons pour se faire une robe. Il semble, d'après l'entretien qu'il a donné dans le livre d'accompagnement pour l'exposition. que l'homme ait voulu évoquer par là les pays traversés par Dumont lors de son périple de 1891. «C'est en vertu de leurs qualités indicielles que j'utilise les draps, grâce auxquels je parle aussi de mon propre travail et m'exprime sur le pouvoir que les objets ont.»

Un entretien de vingt pages 

Si cette dernière phrase vous interpelle dans votre vécu, je vous recommande l'entretien que Benoît a eu pour le catalogue avec la commissaire Petra Krausz et la directrice de la Villa du Parc à Annemasse Garance Chabert. Vous y retrouverez tout le méta-langage voulu. Il donne aux deux intervenantes un petit air de «précieuses ridicules» modernes. Nous sommes dans la frange jargonnante de l'art contemporain. Tout au long de ces vingt pages, il est comme d'habitude question d'ouvrir les esprits et d'élargir le public. Nous y demeurons cependant dans un entre-soi qui me semble détestable. Je veux bien qu'il faille décloisonner et jouer avec les œuvres, mais abolir tout chronologie et toute référence classique me semble anti-pédagogique au possible. Il n'existe pas de relecture pour celui qui n'a jamais lu. Et ce n'est pas en balançant Didi-Huberman, Carl Einstein ou Walter Benjamin au lecteur que l'on arrangera les choses. Il y a ici selon moi ici une volonté d'exclure en snobant plutôt que d'inclure en expliquant. 

A part cela, j'ai posé la question à qui de droit. La salle se verra repeinte en blanc, le contemporain se concevant je ne sais trop pourquoi dans un «white cube». La frise réalisée au pochoir disparaîtra du coup. Je ne sais pas trop ce qui adviendra du tapis. Les sièges reviendront dans leur dépôt. Quant aux tissus, il suffira de les plier et de les rendre. «Point d'ombre» ne fera alors plus d'ombre à personne. 

Photo (Youtube): Benoît Billotte.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur l'exposition Alfred Dumont.

 

 

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