Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Aux Bains, le vernissage est dans la rue

Ouf, ça y est. J'en suis ressorti. Affamé, mais vivant. J'ai congé jusqu'à la prochaine "Nuit des Bains". Elle aura lieu dans quelques mois seulement. Voilà qui me laisse ce que j'appellerai un répit. 

Cela faisait plusieurs "Nuits" que je n'avais plus assisté à la nouba genevoise. Dire qu'elle me manquait serait exagéré. Celle du jeudi 18 septembre montrait que rien n'y a changé. La même foule, jeune et bruyante, hante le quartier. Elle bavarde sur les trottoirs, une bière dans la main et le portable dans l'autre. Difficile de parler de manifestation artistique, voire même culturelle. Il s'agit d'un phénomène société, relevant de la mondanité comme du zoo. On pourrait organiser la même "Nuit" sans mettre la moindre œuvre aux murs. Un détail ne trompe pas. Le lieu jugé le plus attractif reste le très snob Café des Bains, un bistrot où je n'irais pour rien au monde (enfin, pour presque rien).

Les sculptures de Fabrice Gygi

Il y a pourtant de bonnes choses dans les nouvelles présentations des galeries, qu'elles fassent ou non partie d'une Association faîtière dont tout le monde en fait se fout. J'aurai ainsi l'occasion de revenir sur l'étonnant "Antre", des frères Chapuisat. Cette installation claustrophile marque en plus l'arrivée au 2, rue des Vieux-Grenadiers de Laurence Bernard, qui prend ainsi la place de Tracy Muller. J'ai envie de développer plus tard l'exposition que Patrick Cramer, toujours un peu égaré aux Bains, consacre à la photographe suisse Sabine Weiss, aujourd'hui nonagénaire. 

D'autres propositions ("proposition" est un mot que l'on adore dans le petit monde de l'art contemporain) peuvent en revanche se voir traitées ici. La plus satisfaisante est celle de Fabrice Gygi dans l'Art & Public de Pierre Huber. Il s'agit d'une série de sculptures aux formes géométrisantes, réalisées dans du métal rouillé. De l'acier Corten, si j'ai bien compris. Il y en a bien sûr dans les deux chambres composant la galerie, mais aussi une grosse sur une pelouse. Dans le jardin. Elle semble toujours avoir été là. Autant dire qu'elle s'y trouve bien.

Les mots de Christian Robert-Tissot 

Je n'en dirais pas autant des toiles de Christian Robert-Tissot, autre Genevois présent chez Bernard Ceysson. On sait que l'homme se cantonne dans le lettrage, genre surexploité de nos jours. Il y a ainsi quelques mots par tableau, facilement déclinable sous forme de t-shirts. On peut ainsi mettre "Frozen yogourt around me" dans sa chambre. On imagine déjà le décor, comme il se doit design. Le cool va bien avec le frozen. Il n'y aura plus qu'à photographier le tout pour un magazine de déco. Car tout ça, dans le fond, c'est de la déco. 

Que dire du reste? Rien du contenu de la galerie Mezzanin, qui succède rue des Maraîcher à Blancpain. Une collective sans intérêt. Blondeau et Ribordy se sont associés pour proposer le Suédois Viktor Kopp, qui crée une peinture matiériste agréable et parfaitement inoffensive. Red Zone montre un Chinois de plus. Du Zhenjun réalise des photomontages sur le thème de la Tour de Babel. Skopia offre une collective avec, en vitrines, deux tableaux de Thomas Huber à décor architectural montrant.... Skopia. Xippas double sa surface d'exposition en opposant les toiles (un peu ennuyeuses) de Farah Atassi aux dessins (très ludiques) de Ricardo Lanzarini.

Le leporello de Raphaël Julliard 

Les officiels font aussi partie des Bains. La "Biennale de l'image en mouvement" avait la mauvaise idée de débuter au Centre d'art contemporain le jeudi 18. Pas vu et donc pas pris. En revanche, je recommanderais la publication par le Centre d'édition contemporaine d'un leporello, aux pages rouges, jaunes et noires comme un drapeau allemand, de Raphaël Julliard. Le Genevois en a conçu deux versions. Une de luxe, avec des dessins originaux. Une autre pour les pauvres, simplement imprimée. Il y a aussi rue des Rois, nouveau domicile du Centre, des dessins aux murs et des constructions en fil de fer à la Calder. 

Voilà. J'en ai oublié, bien sûr. On ne pouvait pas être partout, de la galerie croupion subsistant d'Analix à l'Atelier des Bains, temple de l'"art contemporain urbain". Rue Charles-Humbert, il aurait fallu être dans l'épisodique CH9 comme chez Quark, qui fonctionne toute l'année (sauf en été, bien sûr!) Cela donne du coup le droit de se montrer injuste. Contestable. Il est donc permis de penser exactement le contraire de moi. Adorer Robert-Tissot et dénigrer Gygi. La diversité d'opinions, c'est la vie, même si tout le monde finit par se ressembler dans ce bar à vin ambulant qu'est devenue la "Nuit des Bains".

Pratique

Les expositions ont désormais chacune leur horaire et leur durée de vie. Site: www.quartierdesbains.ch Photo (Art & Public) Fragment d'une des sculptures en acier Corten de Fabrice Gygi.

Prochaine chronique le samedi 20 septembre. Retour à Arles, dont le musée propose le remarquable "Revoir Réattu".

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