Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/ArtGenève a réussi sa cinquième édition à Palexpo

Crédits: Galerie Blain & Sothern, Londres

Rideau! Un rideau métaphorique, bien sûr. On ne donne pas dans le drapé à ArtGenève, qui vient de connaître du 27 au 31 janvier sa cinquième édition à Palexpo. C'est donc l'heure des bilans. Comme il s'agit tout de même d'une foire, le premier reste financier. Certains exposants ont bien «travaillé», comme on dit dans le milieu. D'autres parlent d'une année «correcte, mais ans plus». «Le démarrage a été pour moi extrêmement lent par rapport aux salons précédents». Mon interlocuteur, qui est dans le contemporain, a longtemps pensé «juste rentrer dans ses frais». Finalement, il s'étonne d'avoir vendu un peu plus, «et surtout des pièces de grande taille.» 

«Rien n'est jamais joué à l'avance», rappelle pour sa part une de ses consœurs, plutôt vouée au moderne. «Il y a des œuvres faciles, que je pensais placées d'avance et qui me restent sur les bras.» D'autres, plus exigeantes «ou tout simplement d'artistes moins connus», sont partie dès le soir du vernissage. La marchande s'en tire bien. Certains exposants font un peu la grimace. Quelques nouveaux-venus notamment. Mais on dit qu'il fut faire trois fois une foire avant d'y trouver vraiment sa place. Il existe, comme ça, des galops d'essai.

Un bon équilibre 

L'autre bilan, lui, est celui que peut tirer le visiteur. On sait qu'ArtGenève succède à deux autres manifestations du même genre, nettement moins ambitieuses. Il fallait voir si un tel salon avait sa raison d'être et si la fin janvier constituait une bonne date. 

Apparemment oui. Il y a un bon équilibre entre les participants genevois, suisses et internationaux (notez qu'on peut être international et avoir un succursale à Genève). La balance entre le moderne et le contemporain reste moins égale. Ceci d'autant plus que la direction (où Thomas Hug n’œuvre aujourd'hui en tandem avec Simon Lamunière) accorde de gros espaces aux institutions vouées à la création actuelle: écoles, centres, musées.... Ces dernières peuvent se livrer à l'expérimentation, parfois pointue. Je pense à la performance sonore de Julie Sas, en résidence (ça se fait beaucoup la résidence) au Centre d'Art contemporain. Une dame dit des textes d'une voix monocorde dans le brouhaha. «On l'a priée d'être moins bruyante», explique la galeriste voisine. «Nous avons des visiteurs et des clients.»

La piscine et le mural 

Que me reste-t-il d'ArtGenève 2016, où j'ai encore découvert des stands (et ce qui fait office de restaurant) le dernier jour? Plusieurs choses un peu insolites. La piscine (enfin la pataugeoire), où Samuel Gross installé des sculptures. Le «Musée Carton» imaginé par Augustin Rebetez pour le pôle des futurs muées lausannois, à construire aux abords de la gare. Le «mural» dans une déclinaison de gris recréé d'après un dessin de Sol LeWitt. Une présentation d'art chinois contemporain par le grand spécialise. J'ai nommé le collectionneur alémanique Uli Sigg. 

L'ambiance aussi m'a marqué. Il y a juste la quantité de gens requise (environ 15.500 personnes durant les quatre jours ouverts au public). Pas d'attente forcenée aux caisses. Aucun encombrement dans les allées. Une bonne lisibilité du plan général. Nulle de ces prétentions mondaines, très «show off», de la FIAC parisienne. Une moins forte odeur de fric qu'à Art/Basel. Une attention bienvenue sur l'édition d'art. Une petite place pour le multiple et une autre, un peu plus grosse, à l'intention du design. L'absence finalement de prétention. On reste encore en famille, même si la famille s'agrandit. Prochaine mouture du 26 au 29 janvier 2017.

Photo: Le stand de Blain & Sothern. Une galerie internationale pensant que Genève a sa place dans le calendrier des foires.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."