Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/ArtDynasty offre les sculptures et les encres de Mireille Fulpius

Crédits: Mireille Fulpius/ArtDynasty, Genève 2018

C'est une artiste pour happy few. Des gens tout de même nombreux, je vous rassure tout de suite. Mireille Fulpius n'a pourtant jamais accédé au rang de vedette, même locale. On la voit à Genève chez Marianne Brand, chez Alexandre Mottier ou maintenant à ArtDynasty. Elle reste en revanche absente des galeries branchées des Bains et à fortiori du Mamco comme du Centre d'Art contemporain. Question de style, probablement. Problème de réseau, certainement. Elle ne fait pas partie du gang. 

En milieu de soixantaine, Mireille a pourtant un beau parcours derrière elle. Ses premiers dessins, alors qu'elle restait adolescente, ont dicté la suite de son parcours. Quand elle s'est inscrite aux Beaux-Arts (personne ne parlait alors d'ESAV et a fortiori de HEAD) après avoir tâté un an d'université, un ami lui a dit après les avoir vus: «tu devrais t'inscrire en sculpture.» Il y a eu le bois, puis le métal et enfin le retour au bois. Mireille Fulpius a aussi enseigné dans un collège. Travail alimentaire. «Je suis convaincue que l'art ne s'enseigne pas.»

Un art intégré à la nature

Avec les années, Mireille Fulpius a passé au monumental. Ce qui se construit, pour une durée souvent éphémère, à l'extérieur. On a vu ses grandes pièces à Môtiers. Le long du Rhône. A Seyssel, où l'artiste s'est installée dans une ancienne fabrique et où elle a organisé plusieurs «Baignades interdites». En Belgique ou en Corée aussi. De belles photographies témoignent de ces installations qui s'imposaient sans effort et sans peine dans la nature ambiante. La Genevoise est une artiste qui s'intègre, à force de respecter son environnement. Du «land art» au meilleur sens du terme. 

La plasticienne revient de temps en temps aux petits formats. Les collectionneurs font après tout partie de la scène artistique. Il y a les reliefs. Les nœuds jouant du bois comme si c'était un tissu pour rubans. Il existe aussi la peinture, ou plutôt les encres. Mireille Fulpius travaille ici les noirs, ou les bleus très profonds. Evoquer Pierre Soulages forme une évidence qu'il convient pourtant d'éviter. C'est à la fois semblable et très différent. Le tableau, qui peut être formé d'assemblages de bois, parfois noirci, se fait très présent à Art Dynasty. Il lui faut ici cohabiter avec l'art plus coloré et exubérant de la Brésilienne Christina Oiticica. Madame Paolo Coelho. Nous sommes après tout dans une galerie commerciale.

Pratique 

«Nature, Mireille Fulpius et Christina Oiticica», galerie ArtDynasty, 23, Grand-Rue, Genève, jusqu'au 22 septembre. Tél. 022 310 21 03, site www.artdynasty.ch Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, le samedi de 11h à 17h. Le livre des Editions Cercle d'Art publié en 2013 sur Mireille Fulpius reste disponible. Il comporte des textes de Jean-Paul Goux, Pierre Paliard, Sylvie Bourcy et Myriam Poiatti.

Photo (ArtDynasty, Genève 2018): L'une des peintures de Mireille Fulpius.

Texte intercalaire.

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