Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"Art en Vieille Ville", c'est pour demain jeudi

Revoici le temps d'Art en Vieille Ville, AVV de son petit nom. Les vernissages collectifs, qui invitent à avoir l’œil bref, restent fixés le jeudi soir. Cette fois, ce sera donc le 7 mai. Depuis quelques sessions, un samedi entier permet cependant des rattrapages un tant soit peu prolongés. Trois heures pour tout voir semblait un peu juste. Rappelons cependant qu'il s'agit ici d'ouvertures d'expositions. Celles-ci se prolongeront parfois jusqu'à la fin juillet. 

Que dire du programme actuel? Qu'il ne se situe pas vraiment dans l'inattendu. Marie-Claude Rondeau sera sur le versant italien des Alpes avec «Voir Naples et rêver». Mieux vaut cela que d'y mourir. Toujours fidèle à «ses» artistes, Rosa Turetsky réinvite le sculpteur sur bois Laurent de Pury. Elle a bien raison. Anton Meier agit de même avec la photographe Annelies Strba, avec qui j'ai personnellement un peu plus de peine. Phoenix, qui s'est dédoublé il y a un an pour ouvrir rue Etienne-Dumont une arcade destinée aux jeunes amateurs, propose enfin, rue Verdaine, un «Alexandre le Grand et son monde» qui sera sans nul doute très luxueux.

Deux arrivées... 

Pour le reste, je citera le Mark Brusse de Sonia Zannettacci. Jacques de La Béraudière, qui reste parmi nous à Genève jusqu'en 2016, avant de gagner Bruxelles, montrera le photographe Lucien Clergue. Un homme plusieurs fois vu de son vivant (il s'est éteint l'année dernière) aux Bains, chez Patrick Cramer. Rappelons qu'il s'agit là du fondateur historique des «Rencontres d'Arles». Sa ville. Il y aura beaucoup de collectives également, dont une de dessins (c'est très tendance) chez Sébastien Bertrand. Un garçon qui tient lui aussi deux galeries, l'autre se trouvant aux Eaux-Vives. 

Comment continuer? En signalant deux arrivées. Charly Bailly, qui est un homme enthousiaste, chaleureux et drôle, ce qui demeure finalement rare dans le marché de l'art, se fait enfin présent. Il le sera avec de l'art moderne (Estève, Fontana...). Le côté classique d'AVV se voit, lui, renforcé par l'admission de Salomon Lilian. Un spécialiste de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, installé au 6, rue Verdaine. On a rarement peint autant que dans les Pays-Bas du «Siècle d'or». Pas toujours le meilleur, d'ailleurs...

...et deux départs

Ces deux arrivées se voient contrebalancées par deux disparitions. François Horngacher, qui n'était depuis longtemps plus présent aux vernissages d'AVV, a fermé son Cabinet de Curiosité le 31 décembre à la rue Calvin. Ses vitres sont aujourd'hui peintes en blanc. Mais un nouveau marchand d'art (et non un commerce de fringues) va tout bientôt prendre le relais. Il s'agira aussi d'un spécialiste des arts décoratifs de la première moitié (une première moitié un peu débordante sur la seconde) du XXe siècle. 

Le petit départ de François Horngacher, qui garde un bureau, a hélas été suivi par le grand départ de Michel Foëx. J'aimais beaucoup Michel Foëx. Il avait fermé il y a quelques mois son espace de la Cour-Saint-Pierre, repris de Marika Malacorda, la femme qui avait amené l'art minimal et conceptuel à Genève. Michel, qui offrait une large place aux artistes genevois ayant dépassé l'âge fatidique de 35-40 ans, moment où les bourses et les ateliers se ferment, était gravement malade. On allait jusque là bavarder avec lui dans l'espèce de guérite de portier d'hôtel, où il se tenait au seuil de sa galerie. On le croisait aussi aux Puces. Et puis, un jour, il a disparu de la circulation. Et on a appris, par un avis nécrologique du 28 mars, qu'il était mort une semaine plus tôt. A 58 ans. C'est encore une page qui se tourne. La galerie Foëx se trouvait finalement pas si loin que ça de celle de Jacques Benador ou de celle de Jan Krugier.

Allez voir Bram Van Velde chez Schifferli

Une bonne nouvelle, pour terminer sur un note moins noire? D'accord. Je vous ai déjà dit que la Galerie Schifferlli avait ouvert dans un minuscule espace de la Grand-Rue, juste en face de Témoin, la belle boutique d'arts premiers, où Charles-Edouard Dufflon a repris du service, après quelques semaines de pause. Eh bien, après Louis Soutter, son jovial tenancier, qui fut naguère le second de Jacques Benador, montre cette fois Bram van Velde. Un grand peintre, qui entretint des liens durables avec Genève. Il y a là quelques œuvres à peine aux murs. Celles qui restent. Ce fut la foire d'empoigne, le premier jour (le 14 avril), pour s'assurer une pièce d'un artiste rare, et donc précieux. L'exposition Van Velde, promue par un joli petit catalogue, dure jusqu'au 15 mai. On espère voir un jour Monsieur Schifferli au sein d'Arts en Vieille Ville. 

Voilà. Ce sera tout pour aujourd'hui.

Pratique

Site www.avv.ch Vernissage le jeudi 7 mai dès 17 heures. On bisse le samedi 9 mai de 11h à 17h. Photo (tirée du site d'AVV): Un vernissage déjà ancien. Nous sommes à un vernissage chez les De Jonckheere, des gens avec qui j'entretiens des rapports difficiles après avoir parlé d'eux.

Prochaine chronique le jeudi 7 mai.  L'art contemporain bis existe. Je l'ai hélas rencontré. Comment repérer cette daube de luxe?

 

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