Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GALERIES / Genève ne ferme plus tout l'été

Vacances d'été. Il y a longtemps que ces mots ne recouvrent plus à Genève une longue mise des clés sous le paillasson. D'abord, il est devenu dangereux, ici, de mettre des clés à cet endroit. La pause devient ensuite toujours plus courte. Elle se révèle contraire à l'idée de vitesse et de communication permanente que se doit de dégager le «monde moderne».

Genève propose donc quelques expositions en musée. Oh, vous connaissez la Ville... Il y a peu de choses immortelles. «M Sélection» au Musée Rath (jusqu'au 22 septembre) n'est pas indispensable. «Roger Pfund, Le multiple et le singulier», au Musée d'art et d'histoire (jusqu'au 11 août) reste résolument dispensable. L'Ariana propose (jusqu'au 8 septembre) un beau «8 artistes & la terre», mais il faut aimer la sculpture céramique contemporaine. Et il convient de s'intéresser à l'Histoire avec un grand H pour apprécier «Ferveurs médiévales» de la Maison Tavel (jusqu'au 22 septembre). Je rappelle aussi que le beau Gianni Piacentino du Centre d'art contemporain, dont je viens de vous causer, dure jusqu'au 18 août. Le Mamco vaut enfin «L'Eternel Détour» jusqu'au 15 septembre.

Accrochage chez Skopia

Les galeries ne restent pas toutes fermées en cette année 2013, où l'avenir de nombre d'entre elles soulève beaucoup de questions. Certaines ont proposé des accrochages nouveaux en juillet, comme Tracy Muller à TMproject. D'autres maintiennent une présence. Blancpain n 'est ainsi ouvert que sur rendez-vous, ce qui fausse le jeu. On hésite à déranger pour simplement voir. Les gens s'attendent à ce qu'on achète...

Deux galeries ont créé une exposition pour août. Pierre-Henri Jaccaud anime ainsi Skopia, qui reste la seule galerie genevoise acceptée à Art/Basel, après le retrait de Krugier. Il s'agit d'un accrochage. On aurait dis jadis «les artistes de la galerie». La chose n'est pas sans importance. Elle montre que Skopia suit un certain nombre de créateurs, qu'elle les représente, qu'on peut toujours trouver ici certaines de leurs œuvres. Bref, que la maison accomplit un travail sur la durée.

"Collective II" chez Guy Bärtschi

On connaît la ligne dure de Skopia. C'est ce que j'appellerais l'art biscuit sec. Aucune concession au joli, au décoratif, à l'aimable et au gentil. Il suffit de voir la grande toile de Pierre-André Ferrand dans l'un des deux espaces de la rue des Vieux-Grenadiers pour comprendre. Il y a peu de pièces, souvent de grande taille, même si le fusain d'Alain Huck reste d'une dimension raisonnable pour l'artiste vaudois. «Je suis content de cette ouverture estivale», explique Pierre-Henri Jaccaud. «Ce n'est bien sûr pas la saison où nous vendons le plus, mais je vois en ce moment plus de simples visiteurs que le reste de l'année.» Ils entrent en curieux. «J'ai en plus le temps de discuter avec eux.»

Il n'y a pas de passage accidentel chez Guy Bärtschi, qui propose sa «Collective II». Il faut savoir que le lieu se trouve à la route des Jeunes, au-dessus d'un marchand de vins, et qu'un escalier presque dérobé mène au but. L'espace est pourtant magnifique. Durant l'absence de Guy, parti faire quelques semaines de yoga en Inde, le directeur Barth Pralong a opéré le choix. Il y a une ou deux œuvres de chaque star de la galerie. Cet éclectisme illustre le dynamisme d'une entreprise réussissant à retenir beaucoup de gens connus, de Georges Rousse à Fabrice Gygi, en passant par Giuseppe Penone et Jan Fabre.

Thomas Schütte aux Bastions

Parmi les créations proposées, il y a un Marina Abramovic pour une fois soft. La Monténégrine s'est fait souffler des feuilles d'or sur le visage. Le Javier Perez se révèle en revanche dur. Des chaussons de danse sont pourvus de couteaux. Le visiteur peut les voir utilisés par une ballerine dans une vidéo éprouvante. Il lui est possible de se remettre avec la pièce para-médicale de Rafael Lorenzo-Hammer. Un doigt se glisse dans un trou aménagé à côté de cette pièce lumineuse. Il s'inscrit en bas du tableau avec le nombre de pulsations à la minute... «Nous restons partiellement ouverts», explique Bart Pralong. «La galerie fermera deux semaines à partir du 10 août.» Reprise ensuite pour quelques jours. Antoine Roegiers assurera la réouverture officielle en septembre.

Aucun souci en revanche, pour voir les «Vier grosse Geister» de Thomas Schütte. Ces esprits se trouvent à l'entrée des Bastions. Les quatre sculptures, évoquant les bonshommes Michelin, ne sont pas caoutchouc. Il s'agit de bronzes dus à l'Allemand, né en 1954. La Fondation Beyeler les promène en Suisse. Ils ont été à Zurich. Genève les montre jusqu'au 8 septembre. Ils iront ensuite à Berne, avant de se retrouver à Riehen, où la Fondation les présentera dans le cadre d'une exposition Schütte prévue tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du bâtiment de Renzo Piano. Ouverture le 6 octobre. Les statues se remarquent. On ne peut cependant pas dire que cette action promotionnelle (je n'ai pas dit publicitaire) des Beyeler soit aussi spectaculaire que la venue, sur la place Neuve, d'un énorme araignée de Louise Bourgeois en 2011.

Ce n'est pas tout. Mais je remets à plus tard la présentation, en l'Ile, de «Vue sur le Rhône», agendé jusqu'au 28 août.

Pratique

Galerie Skopia, 9, rue des Vieux-Grenadiers, jusqu'au 31 août. Tél. 022 321 61 61, www.skopia.ch Horaire d'été du mardi au samedi, de 11 à 16h30, «Collective II», galerie Guy Bärtschi, 43a, route des Jeunes, allée G, jusqu'au 6 septembre. Tél. 022 310 00 13, site www.bartschi.ch, Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h 30. Fermé du 10 au 26 août. Photo (DR): Une grande toile de Jean-Luc Manz chez Skopia.

Prochaine chronique le lundi 5 août. Que ne ferait pas une star pour avoir la couverture de "Vogue"?

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