Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GALERIES/Genève de Gertsch à Isa Barbier

Depuis une vingtaine d'années, Genève devient la ville des galeries d'art contemporain. C'est une invasion. Il y en aura bientôt davantage que de pizzerias. Impossible de refléter tout ce qui s'y passe. Entre le 6 et le 8 novembre, Les Bains et Art en Vieille Ville ont bien dû proposer une trentaine de vernissages. Et il y a tout ce que je ne sais pas... 

On m'a toujours dit, lors de ma défunte carrière journalistique, qu'il "fallait faire des choix". Autrement dit laisser tomber la plupart des choses. C'est ce que je vais oser ici. Sur le thème de la création moderne, il n'y aura que trois variations. Un peu d'injustice n'a jamais fait de mal à personne. 

Franz Gertsch chez Skopia 

A 84 ans, le Bernois reste un des géants de l'art suisse. Chacune de ses expositions constitue un événement, alors que l'homme demeure un inconnu hors des sphères germanique et romande. Au Cabinet des Estampes genevois, Rainer Michael Mason a beaucoup fait pour cet indépendant, dont des gravures sur bois monumentales reviennent aujourd'hui en pension dans une salle. Le Mamco a repris le flambeau. Il présente en ce moment plusieurs de ces pièces hyperréalistes, exigeant de l'homme souvent un an d'efforts pour aboutir à une transcription parfaite de photos. 

Il n'y a pas de peintures en ce moment chez Skopia. Gertsch en a produit 57 en tout. L'accrochage se compose de xylographies impressionnantes, tirées chacune dans une couleur pâle. Il y a notamment trois versions de sa dernière création, aux tailles en virgules un petit peu moins fines que de coutume. Deux petites Gitanes courent devant la mer. Il s'agit là d'une recréation, à partir d'images prises en 1971. Le tableau final réalisé à l'époque a disparu dans un incendie. 

N'hésitez pas à franchir le seuil, si vous voulez voir du Gertsch. Comme l'explique Pierre-Henri Jaccaud, le directeur de Skopia, l'artiste se refuse à être livré en pâture dans une foire, fut-ce "Art/Basel". Une forme d'intégrité qui va disparaissant. Précisons tout de même que l'artiste possède depuis 2002 son musée à Berthoud, financé par le mécène local Willy Michel. (Jusqu'au 20 décembre, www.skopia.ch) 

Germaine Richier chez Jacques de La Béraudière 

C'est vraiment son année suisse! Morte en 1959 à 56 ans, la sculptrice provençale a commencé par avoir sa grande rétrospective à l'étage du Kunstmuseum de Berne. Une autre exposition, au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, l'a rapprochée ensuite d'Alberto Giacometti et de Marino Marini. Les trois artistes, qui renouvelaient la figuration plastique, se trouvaient repliés en Suisse durant la Deuxième Guerre mondiale. Germaine Richier était alors mariée au statuaire alémanique Otto Bänninger. 

La Française a toujours été bien vue des galeristes genevois. Jan Krugier et François Ditesheim appréciaient sa force et son talent, souvent méconnus. C'est aujourd'hui Jacques de La Béraudière qui présente près de trente de ses bronzes, dont quelques-uns édités en une version unique. Une partie seulement d'entre eux sont à vendre. Un signe de qualité. L'occasion de retrouver, dans un cadre intime, l'artiste de ses débuts ("Loretto I", encore très classique, date de 1934) jusqu'à l'épanouissement des années 1950, quand l'oeuvre austère de Richier passait pour "existentialiste". (Jusqu'au 20 février, www.delaberaudiere.ch) 

Isa Barbier chez Rosa Turetsky 

Il y a une quinzaine d'années que Rosa Turetsky collabore avec la Française, trop facilement définie comme une "artiste inclassable". Il se fait juste qu'Isa Barbier crée un oeuvre, et que celui-ci lui reste totalement personnel. Il l'est tant dans l'inspiration que dans la forme. On peut dire beaucoup de choses originales en se contentant de plumes d'oiseaux... 

Tous les trois ans environ, Isa revient montrer dans la Vieille Ville ses dernières productions. Pas besoin de grosses valises! Avec elle, tout tient en quelques boîtes. Il y a en effet les plumes de plusieurs sortes d'oiseaux, dans différentes nuances. Les meilleures pièces actuelles proposent ainsi d'étonnants dégradés allant d'un blanc presque pur au brun, en passant pas toute la gamme des beiges. 

Ces créations faussement fragiles flottent dans les airs, frémissant au moindre souffle. On reste très loin, avec ces petits nuages, des lourds mobiles de Calder. Ils sont légers, à tous les sens du terme. Comme se révèlent subtils les grands dessins les accompagnant. Isa Barbier les travaille du bout du pinceau. Quelques points, et c'est tout. (Jusqu'au jusqu'au 13 décembre, wwwrosaturetsky.com)

Photo (DR): Une pièce d'Isa Barbier. Tout est en plumes!

Prochaine chronique le mardi 25 novembre. Rembrandt tardif triomphe à Londres.

 

 

 

 

 

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