Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GALERIE / Michel Descours revisite l'histoire à Lyon

La rue Auguste-Comte a été, des générations durant, l'artère où les Lyonnais trouvaient des rangées d'antiquaires. Des deux côtés. Ce temps semble révolu. Comme partout, la fripe gagne du terrain, ouvrant boutique sur boutique. Difficile de dire que les commerçants d'art et les brocanteurs aient réagi de manière dynamique. Certaines vitrines s'empoussièrent toujours davantage, proposant ainsi, de manière dévalorisante, une marchandise par ailleurs démodée. 

Au milieu de cette désolation, Michel Descours déploie une énergie dont aucun de ses confrères parisiens ne semble plus capable. Il a commencé par créer, dans les années 1970, un magasin au 44. Le lieu était et reste principalement axé sur le mobilier. Est ensuite venue une librairie d'art couvrant (au 31) la création tant patrimoniale que contemporaine. Une librairie comme il n'en existe presque plus, ni en France, ni en Italie. Comble de la témérité, la cour du 35 abrite depuis trois ans ce que les Germaniques nomment un "Antiquariat". Comprenez par là que vous y trouvez un choix de 40.000 ouvrages, vieux ou épuisés.

Un lieu bien connu des musées français 

Cela ne suffisait pas. En décembre 2009 naissait, toujours au 44, rue Auguste-Comte, une galerie avant tout vouée à la peinture et au dessin anciens. Publiant depuis 2010 un catalogue annuel, elle semble bien connue des directeurs de musée. Le Louvre, Orsay, La Malmaison, les musées de Brou ou de Lyon y font parfois leurs emplettes. Les œuvres proposées se révèlent souvent "difficiles". Il y a ici beaucoup de sujets historiques, mythologiques ou, comble de l'horreur pour les privés actuels, religieux. Précisons enfin que la galerie, dont s'occupent Mehdi Korchane, Gwilherm Perthuis et Paul Ruellan, organise des "événements": conférences, tables rondes et j'en passe. Le jour de ma venue, on annonçait ainsi la venue de Christian Bernard, directeur du Mamco genevois. 

Michel Descours pouvait d'autant moins rester les bras croisés devant la présentation de "Gothique mon amour" à Brou et de "L'invention du passé" au Musée des beaux-arts de Lyon qu'un certain nombre d’œuvres accrochées là ont passé par ses mains. Une exposition parallèle a donc été montée, avec un catalogue coordonné par Mehdi Korchane. Elle s'intitule, en écho, "Le passé retrouvé" et propose d'autres toiles historicisantes du XIXe siècle, plus quelques feuilles crayonnées ou aquarellées.

Malheurs royaux, si possible féminins

Sur des murs au gris soutenu fleurissent donc, comme au Palais Saint-Pierre, le gothique en folie, l'exaltation du génie artistique (avec des épisodes de la vie de Raphaël ou de Giotto) ou les malheurs royaux, si possible féminins. Marie Stuart s'y fait une nouvelle fois condamner à mort. Marguerite de Bourgogne se retrouve étranglée avec sa chevelure, tandis qu'un Richard, Cœur de lion prisonnier entend un troubadour chanter sous son étroite fenêtre. 

Dans ce flot pictural français, mais aussi espagnol, allemand ou anglais, plusieurs œuvres se détachent évidemment pour autre chose que des sujets rares ou édifiants. L'ensemble se voit cependant dominé par un énorme tableau qui était donné, suite à une fausse signature, à Thomas Couture. Mehdi Korchane l'a restitué à Evariste Fragonard, le fils du peintre des fêtes galantes. Il ne reste plus qu'à identifier le thème, comme il se doit tragique. Pour l'instant, la toile, qui fait la couverture du catalogue, se nomme "Une condamnation sous le règne de François Ier."...

Pratique 

"Le passé retrouvé", Galerie Michel Descours, 44, rue Auguste-Comte, Lyon, jusqu'au 18 juillet. Tél. 00334 75 50 75 97, site www.peintures-descours.fr Ouvert du lundi au samedi de 9h30 à 12h et de 14h30 à 19h. Photo (Galerie Descours): L'Evariste Fragonard, au sujet encore mystérieux.

Ceci est bien sûr un texte intercalaire. Il est lié avec celui portant sur "L'invention du passé" au Musée des beaux-arts de Lyon.

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