Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GALERIE / Claude Hermann revient chez Pierre Huber

"A beaucoup, Claude Hermann peut apparaître à contre-temps." En 1999, lorsque Jean-Luc Daval écrivait ces mots dans son texte sur l'artiste savoyard, un spécialiste du dessin minuscule, l'idée de "modernité" gardait encore un sens. On allait, ou non, dans le sens du courant. Aujourd'hui, quinze ans après la sortie du livre en français, allemand et anglais chez Benteli, à Berne, la remarque semble caduque. Plus personne ne croit à une voie unique menant, telle une autoroute, vers un futur balisé. Tout est possible. Tout devient permis. Même la marche arrière. 

A 65 ans, Claude Hermann revient à Genève. Pierre Huber présente le Savoyard dans son espace Art & Public de la rue des Bains. Le galeriste est depuis toujours un "fan" de l'artiste, comme il peut rester, dans un tout autre genre, celui d'Allan McCollum ou de Steven Parrino. Son idée de l'art est ouverte, et donc plurielle. Ses confrères qui occupent un créneau se murent pour lui dans leurs petits châteaux-forts. Il existe une place, toute de discrétion, mais réelle, pour un créateur volontairement marginal.

L'arbre de Noël, moins le sapin

L'actuelle exposition Hermann ressemble à l'arbre de Noël, moins le sapin. Les tout petits dessins, qu'il faut parfois un mois à l'artiste pour ajourer à la manière de dentelles, sont suspendus aux plafonds dans des boules de verre. Chacune d'elles a été soufflée sur mesure. Leur base a été bétonnée, au propre, pour donner de l'assise à l’œuvre. Restait à doser les lumières. Elles jouent avec les pleins et les vides, projetant des silhouettes dansantes sur les murs. C'est magique de nuit, vu de la rue. C'est évidemment mieux encore à l'intérieur, ne serait-ce parce que la salle du fond abrite d'autres pièces d'un poète dont Pierre Huber soutient la création.

Pratique

"Claude Herrmann, Les lumineuses", Art & Public, 37, rue des Bains. Tél. 022 781 46 66, site www.artpublic.ch. Ouvert du mercredi au vendredi de 14h30 à 18h. La galerie rouvre ses portes le 8 janvier, mais il y a souvent du monde au bureau. On peut y acheter le livre de 1999, dont il reste des exemplaires en français et en anglais. Photo (DR): Une vue de l'installation proposée rue des Bains par la galerie Art & Public.

 

Gaspare O. Melcher revient avec ses collages chez Anton Meier 

Autre égaré, le Grison Gaspare O. Melcher. Anton Meier le montre à nouveau dans sa galerie, située au premier étage de l'Athénée. Peintre, l'artiste a entrepris parallèlement à sa production de tableaux une autre de collages en 1990. Puisant dans son énorme collection de "fumetti" (bandes dessinées) des années 1970, l'homme a commencé à taillader dans ses exemplaires de "Lucifera". Prenant les fragments pour leurs seules valeurs de noir et de blanc, il les a utilisés pour de grandes compositions presque abstraites, où la géométrie tient un grand rôle. 

Anton Meier a notamment sélectionné une série d'hommages. A 68 ans, Melcher y dit son admiration pour Alberto Giacometti comme pour André Thomkins ou Jean Tinguely. Il faut regarder ces œuvres de tout près, afin de les décortiquer du regard. La virtuosité du collage apparaît époustouflante. Avec ce que cela suppose de contre-productivité. C'est tellement savant que cela en devient naturel. Chaque morceau, qui mesure parfois à peine quelques millimètres carrés, se fond harmonieusement dans le tout. Il n'y a plus de détails.

Pratique

"Gaspare O. Melcher, Collages", galerie Anton Meier, 2, rue de l'Athénée, jusqu'au 8 février. Tél. 022 311 14 50, site www.antonmeier-galerie.ch Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h30, le samedi de 10h à 13h.

Prochaine chronique le dimanche 5 janvier. La Fondation Bodmer de Cologny présente son exposition Richard Wagner. 

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