Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Fusions et acquisitions bancaires: l'héritage des "pommes pourries"

Les fusions et acquisitions dans le secteur bancaire suisse se succèdent à un rythme effréné. Le dernier rachat de Coutts, filiale de Royal Bank of Scotland, par UBP n’est que la confirmation d’une tendance qui s’accentue, à savoir l'abandon du Private Banking par les banques étrangères.

Ces transactions, souvent résumées en quelques mots sibyllins tels que "la banque X reprendra les activités de la banque Y", cachent des opérations d’un coût souvent exorbitant, mais aussi des formes juridiques très complexes. Pour simplifier, nous avons d’un côté les "Share Deals", et de l’autre les "Asset Deals".

Les banques avaient auparavant une préférence pour les Share Deals où l’entité vendue, au sens large, était « simplement » absorbée dans son intégralité. Cette solution avait l’avantage d’être simple, rapide et moins coûteuse (que les Asset Deals). Néanmoins, elle présentait le désavantage, et non des moindres, du transfert des « pommes pourries » vers l’entité acquéreuse.

Depuis quelques années, des forces antagonistes sont à l’œuvre. D’un côté, les démêlés judiciaires d’établissements financiers liés aux clients non déclarés fiscalement, ainsi que les sanctions prononcées, refroidissent les velléités de rapprochements. De l’autre, l’augmentation et les modifications législatives et réglementaires poussent à des rapprochements en vue d’atteindre une taille critique, et donc une certaine rentabilité. Vous l’aurez compris, les problèmes laissés en héritage par ces « pommes pourries » ont provoqué un regain d’intérêt pour les Asset Deals.

Mais qu’est-ce qu’un Asset Deal ? C’est une transaction beaucoup plus contraignante dans le monde de la finance suisse, du fait du secret bancaire. En effet, le vendeur doit, au préalable de l’opération, obtenir de chaque client son consentement quant à la divulgation d’informations le concernant auprès de l’acheteur. C’est un peu comme si le grossiste qui vend des pommes aux supermarchés devait demander à chacun de ses fruits s'il acceptait d’être vu et examiné par l’acheteur potentiel. À terme, avec la fin du secret bancaire, les banques n’auront plus l’obligation d’obtenir les consentements des clients, ce qui faciliterait ce type de transaction. On ne s’étonnera pas d’entendre des clients dire, et ce de multiples fois: "J’ai été racheté par telle ou telle banque".

La gestion du risque de réputation est le plus grand défi auquel les organisations font face aujourd’hui. Les banques s’y adaptent. La prochaine fois que vous faites les courses et que des pommes ne vous plaisent pas, retirez-les et demandez à payer au kilogramme. En revanche, je me demande, qui achètera le dernier sac ?

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