Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Fusions & Acquisitions: 2015 en questions

Ces dernières semaines, nous avons pu observer une augmentation nette de l’activité de fusions et acquisitions, en Suisse et dans le monde. Selon Dealogic, l’activité au premier trimestre 2015 était 21% plus élevée que lors du premier trimestre 2014.

Selon Bloomberg, en Suisse, cette tendance est même plus forte avec une augmentation de 134.9% d’une année à l’autre ! Il ne faut pas oublier que l’année dernière était déjà la plus élevée depuis 2007, qui constituait une année record. Et nous avons des raisons de penser que ce bond n’est pas terminé. En effet, tant que les marchés actions seront orientés à la hausse, le nombre de deals continuera probablement d’augmenter, étant donné que les entreprises utilisent souvent leurs actions comme monnaie d’échange pour acheter d’autres firmes.

Dans quelles régions observons-nous le gros des activités de fusions et acquisitions ?

Depuis le début de l’année, l’Europe est légèrement derrière l’Amérique du Nord en termes de valeur totale de fusions et acquisitions ($609.1 mds vs $344.2 mds). Mais le niveau d’activité, c’est-à-dire le nombre de deals, est élevé et la tendance haussière. Nous avons récemment vu : Nokia racheter Alcatel, Shell acquérir BG Group (la plus grosse acquisition dans le secteur depuis une quinzaine d’années), Lafarge fusionner avec Holcim, et bien d’autres. Tant que le marché soutiendra les prix des actions, la tendance se poursuivra. Nous pouvons également évoquer différentes manières de prendre le contrôle d’une compagnie, à l’instar de Saint-Gobain et de ses mesures désespérées pour contrôler Sika.

Clairement, l’industrie énergétique sera surveillée de près dans les prochains mois. Avec des prix du gaz et du pétrole si bas, les entreprises de ce secteur devront envisager de nouveaux moyens d’accroître leur compétitivité et leur profitabilité, tels que de nouvelles sources de revenus (par exemple, de nouveaux puits) ou des fusions et acquisitions. L’acquisition de BG Group par Shell est probablement la première d’une longue série…

Quel est l’impact sur le prix des actions ?

La logique voudrait que le prix de l’action d’une compagnie cible augmente, tandis que celui de l’acquéreur diminue, car l’acquéreur doit dépenser une somme pour acheter la cible, qui, elle, reçoit des fonds. Mais il s’agit seulement de la théorie. En pratique, cela dépend du deal, c’est-à-dire si le marché estime que cela va créer de la valeur ou non.

Preuve en est le prix d’Alcatel mercredi dernier. L’action a perdu plus de 15% suite à l’annonce de son acquisition par Nokia. Un autre exemple est Geberit, dont l’action a grimpé suite à l’annonce en octobre dernier de l’acquisition de Sanitec. Si un investisseur pense que de la valeur sera créée et que l’acquéreur va payer une prime, il est intéressant d’acheter l’action de la cible. Mais l’investisseur devra être rapide, car, suite à l’annonce, le marché corrige le prix en quelques secondes seulement. Sur le long terme, l’investisseur devrait baser son achat ou sa vente sur l’analyse de la nouvelle entité. 

Quid du reste de l’année ?

Cela dépend des zones géographiques. En Europe, les taux d’intérêts sont très bas et le programme de quantitative easing de la BCE va maintenir ses taux bas. Cela devrait inciter les investisseurs à se tourner vers les actions ou des actifs encore plus risqués, étant donné que les produits de taux vont continuer à être très bas. Ainsi, la tendance devrait clairement rester haussière.

Aux Etats-Unis, nous pensons qu’une hausse des taux de la FED est imminente. Même si Janet Yellen a indiqué que les données de l’emploi américain devront s’améliorer, avant que la FED ne se décide à augmenter les taux, nous devrions probablement voir une hausse vers septembre 2015. Ainsi, la route des fusions et acquisitions sera plus sinueuse aux Etats-Unis. Nous ne nous attendons pas à la même pente ascendante aux Etats-Unis qu’en Europe.

En Suisse ont surgi des rumeurs concernant un rachat de Clariant par Evonik. Si le deal voit le jour, cela créerait un gros player dans l’industrie chimique. Toutefois, ceci pourrait être une exception. En effet, étant donné que le CHF a gagné près de 15% par rapport à l’EUR depuis l’abandon du taux plancher, les compagnies européennes semblent abordables et constituent des cibles crédibles pour les compagnies helvétiques. Pour preuve, Joe Jimenez, le CEO de Novartis, a déclaré au début de l’année que son entreprise n’était pas « hors du jeu des fusions et acquisitions ». Enfin, nous pouvons penser que les mouvements de devises peuvent inciter les CEO à repenser les deals qui ont échoué précédemment (entre Monsanto et Syngenta, par exemple).

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