Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Frontaliers: des salaires en euros?

Payer les frontaliers en euros? Après l’abandon du cours plancher de 1,2 franc pour un euro par la Banque nationale, la question revient à nouveau sur la table. «Nous devons avoir cette discussion car leur pouvoir d’achat a fortement augmenté par rapport aux collaborateurs suisses», affirme Jean-François Rime, président de l’Union suisse des arts et métiers, autrement dit des patrons de pme, dans une interview publiée par Bilan (l’édition est actuellement en vente dans les kiosques).

Depuis août 2008, l’euro n’a en effet cessé de se déprécier. Il s’échangeait alors à 1,62 franc (moyenne mensuelle). Aujourd’hui, il tourne autour de la parité. Le pouvoir d’achat des frontaliers s’est donc envolé de 38% au cours de ces six dernières années. De quoi aggraver les tensions non seulement de part et d’autre de la frontière, mais également entre les frontaliers et les travailleurs locaux de Franche-Comté, de l’Ain, d’Haute-Savoie, etc., dont le niveau de vie a stagné voire même baissé.

Le paiement des salaires en euros se heurte toutefois à la législation helvétique, aux conventions collectives de travail et à l’accord sur la libre-circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne. Jean-François Rime doit le savoir. Mais il ne désespère pas de trouver une lacune juridique pour permettre aux patrons de recourir à cette possibilité.

Comme une telle réponse à l'appréciation du franc semble difficilement envisageable, les patrons se tourneront vers d’autres alternatives pour tenter d’éviter des suppressions d’emplois. Ils mettront d’abord leurs collaborateurs au chômage partiel. Une pratique largement répandue en temps de crise. Et si cela ne devait pas suffire, ils pourraient baisser les salaires des frontaliers pendant une période limitée dans le temps. Dans les entreprises dont l’effectif est composé majoritairement de collaborateurs vivant de l'autre côté de la frontière (parfois jusqu’à 70%), la tentation sera grande de recourir à cette solution.

Lorsque l’euro chuta à 1,2 franc en 2011, plusieurs milliers de frontaliers acceptèrent à contre-cœur une diminution de leur rétribution pour sauver leur emploi. Cependant, les tribunaux condamnèrent pour discrimination (par rapport aux employés suisses) les entreprises qui avaient licencié des frontaliers au motif que ces derniers avaient refusé de se soumettre à cette mesure. Elles durent leur verser des dédommagements supérieurs aux pratiques usuelles. Mais la justice valida les licenciements.

Dans les prochaines semaines, les frontaliers ne seront pas les seuls à devoir choisir entre une baisse de salaire et un licenciement. Comme en 2011, certaines entreprises réduiront les rémunérations de tous leurs collaborateurs (Suisses compris) pour tenter de résister à l’envolée du franc.

 

 

 

 

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