Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Fraude fiscale: une histoire de paranoïa

L’histoire qui va suivre n’a de fictif que les prénoms. Madeleine et son mari ont travaillé dur et économisé en vue de leur retraite. Ils mènent une vie confortable de retraités, sans ostentation, depuis de nombreuses années. Nos retraités ont connu les bouleversements technologiques et ont su s’y adapter, parfois avec difficultés. Ils se méfient de l’ordinateur, d’autant plus que, lorsque la presse ou leurs petits-enfants les mettent en garde contre les chevaux de Troie, les virus, les spams, ils pensent immédiatement à l’Odyssée, la médecine et la viande précuite en boîte rendue populaire par les GI lors de la seconde Guerre mondiale.

Tout va si vite. Ils ont bien essayé de prendre le train en route en prenant des cours mais cela va trop vite… et s’accélère.

Nos retraités sont des clients fidèles et ont leurs petites habitudes. L’épicier du coin les appelle par leur prénom, le boucher prend la commande pour le barbecue de ce week-end sans devoir les identifier. Bref, l’aspect humain est essentiel et important pour eux. 

Mais il y a un domaine qu’il ne faut surtout pas aborder avec eux : la banque. Nos retraités, comme beaucoup de personnes nées avant l’ère digitale, font leurs paiements à la Poste en retirant l’argent physiquement de la banque. Au guichet de la banque, on les voyait chaque mois, on les « re »connaissait et on savait de quoi il s’agissait. L’ «e-banking », Madeleine l’a essayé. Mais elle dit : « Faire mes paiements à la Poste c’est ce qui me reste, me fait sortir et croiser des gens… c’est mon Facebook en vrai. » Sa routine, quoi.

Il y a trois mois, les travaux de toiture ont fait gonfler le montant à payer à la fin du mois, mais pas de quoi s’inquiéter, le compte présente un solde plus que substantiel. Alors, lorsque Madeleine a demandé au guichet un montant à 5 chiffres, quelle ne fut pas sa surprise d’entendre le jeune derrière la vitre lui demander : « C’est pour quoi faire, Madame ? Je dois consigner le motif pour lequel vous prenez autant d’argent… c’est pour lutter contre la fraude fiscale » !

Madeleine en a vu d’autres. Elle a la présence d’esprit de répondre : « J’habite en Suisse, je paie mes impôts en Suisse, je ne comprends donc pas votre question. Et si je vous réponds que c’est pour m’acheter ma dose de substance illicite, vous allez me dénoncer à la Police ? »

Clients depuis plus de 50 ans dans la même banque et potentiellement traitée comme une fraudeuse… « S’ils consignent tout, ils devraient voir que chaque mois je prends de l’argent pour payer mes factures. »

Un conseil, restez bien à jour avec la technologie car si vous décrochez vous allez être vu comme un hors-la-loi potentiel au comportement suspect. Il n’en demeure pas moins que les banques sont devenues complètement dénuées de bons sens et paranoïaques. Si j’avais les moyens, j’ouvrirais une banque spécialement pour ces personnes qui privilégient la bonne poignée de main, la relation humaine plutôt que le clic anonyme de la souris…

Madeleine a résolu le problème pour le mois prochain. Elle va diviser ses retraits en plusieurs fois… on ne la prendra plus… Au fait, si vous connaissez une banque qui n’est pas versée dans la paranoïa, et qui connaît ses clients, n’hésitez pas.

L’arsenal mis à disposition des banques contre le blanchiment est nécessaire, mais la dérive devient inquiétante. Un jour, comme plus personne ne passera au guichet, il n’y aura plus de guichet en cas de problème. Vous pourrez appeler une Hotline dans un pays étranger où votre interlocuteur, qui ne vous connaît pas, se moque éperdument de votre problème de riches.

 

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