Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

FOIRE/Thomas Hug présente le prochain "artgenève"

Et de quatre! C'est en avril 2012 qu'"artgenève" ouvrait ses portes pour la première fois. On se souvient que ce salon venait à Palexpo, après deux manifestations bâties sur d'autres formules. Nous entrons maintenant de plain-pied dans le salon d'art contemporain classique, format petite taille. Rien à voir avec ces supermarchés à rayons multiples que sont devenus "Art/Basel" ou la "FIAC". 

A quoi ressemblera l'édition de 2015, qui se rapproche dangereusement? "artgenève" est pour fin janvier, dans trois semaines... Le plus simple est de le demander dans son bureau à Thomas Hug, qui s'occupe de la manifestation depuis maintenant trois ans. 

Vous bouclez en ce moment la quatrième édition d'"artgenève"...
...ou la troisième si l'on estime que la première constituait une sorte de galop d'essai. Comment se porte la foire après trois ans? Je dirais que nous avons fidélisé nos exposants. Certains sont là depuis le début. Je trouve cela bon signe. Un brassage continu des participants me paraît inquiétant. Je tiens donc à ces présences continues. Pour des raisons évidentes, ce n'est pas moi, mais un comité indépendant, qui établit la sélection finale. J'avoue parfois donner un gros coup de pouce pour qu'un participant de 2013 ou de 2014 ne se voit pas rejeté. 

La foire se veut de dimensions raisonnables.
Il y aura 74 galeries en 2015. Ce chiffre marque une progression. Elles n'étaient que 60 en 2014. Les stands seront en plus d'une taille supérieure. Vous ajoutez à leur liste une vingtaine de projets non commerciaux. Les allées et de quoi manger. Vous arrivez à un nombre respectable de mètres carrés: 17.000. Je pense qu'il s'agit là d'une bonne taille. 

Nourrissez-vous des ambitions supérieures?
Pas vraiment. Nous avons intérêt à rester petits. Je pense d'abord à l'esthétique. Un salon modeste se révèle plus soigné dans sa présentation. Il y a aussi l'aspect économique. Genève n'est ni Londres, ni Paris. Il faut que chaque participant puisse vendre. Vous me direz que Maastricht, pour l'art ancien, et Bâle, pour le contemporain, sont devenus d'énormes affaires sans se situer pour autant dans des capitales. Mais il leur a fallu des décennies pour en arriver là. 

Selon quels critères les galeries sont-elles admises ou non à "artgenève"?
J'aimerais répondre "uniquement artistique". Il existe cependant d'autres facteurs. Il faut notamment garder un certain éclectisme, ne serait-ce que vis-à-vis des acheteurs. Eux aussi doivent se retrouver. Tout ne doit donc pas se ressembler. Nous sommes voués à l'art contemporain, bien sûr, mais le moderne garde chez nous sa place. Nous laissons aussi du champ au design. 

Comment la sélection s'opère-t-elle sur le plan pratique?
Les postulants présentent un dossier. Il y a des galeristes dont nous avons sollicité la candidature, parce que nous en aimons le travail, mais ils passent aussi par le jury. Celui-ci est composé de cinq membres, sauf pour le design. Là, nous avons fait appel à une unique experte. 

Combien y avait-il de candidats pour 2015?
Entre 250 et 300. Je dois dire que le choix a été difficile. Il y avait peu de proposition inintéressantes. Cela dit, il s'agit d'intentions. Nous sommes toujours attentifs à voir la manière dont elles se concrétisent ensuite. Elle joue son rôle lorsque des participants demandent à revenir. Ils ont laissé une bonne, ou une mauvaise impression. 

"artgenève" est-elle une foire chère pour ceux qui la font?
On est en Suisse, où rien n'est bon marché... Je dirais que le prix du mètre carré genevois équivaut à celui des foires de Cologne ou de Bruxelles. Je noterai juste que Maastricht reste étrangement peu coûteux. Mais comme il n'est pratiquement plus possible d'y accéder, en tant qu'exposant... 

Quelle est la proportion des galeristes locaux à "artgenève"?
Ils sont fortement représentés, ce qui me semble souhaitable. Blondeau, qui fait normalement uniquement Bâle, vient chez nous. Même chose pour Skopia ou Rosa Turetsky, qui sont là depuis le début. Il y aura cette année Sébastien Bertrand, Ribordy, Jancou, Simon Studer, Edward Mitterrand ou Guy Bärtschi, qui aura inauguré sa nouvelle galerie aux Bains quelques jours plus tôt. Je signalerai deux cas particuliers. Patrick Gutknecht revient, alors qu'il présente un design devenu historique. Catherine Duret travaille en appartement. Cela dit, quand on me parle de présence locale, je ne pense pas qu'à notre ville. J'inclus aussi bien Fribourg que Neuchâtel. 

Et pour le reste?
Nous demeurons axés sur l'Europe. Il y aura des gens de Bruxelles, de Londres, de Berlin et, ce qui est nouveau, d'Italie du Nord. Je suis heureux de pouvoir dire que Zurich a bien réagi cette fois. Il y aura à Palexpo des maisons importantes, comme Mai 36 ou Andrea Caratsch. Certain de nos participants internationaux font jusqu'à dix foires par an. D'autres nettement moins. 

Vous avez parlé au début de projets non commerciaux.
J'y tiens énormément. Il y aura un parcours de sculptures sur la rive droite, de la Rotonde du Mont-Blanc à la Perle du Lac. Il s'agira d'une véritable exposition en plein air, qui se prolongera un mois. La Villa Sarasin accueillera de la musique et des performances. Une soirée DJ se déroulera au temple de la Fusterie le 30 janvier. A Palexpo, les galeries se verront entourées d'un réseau d'espaces voués à la seule contemplation. Les Fonds cantonaux et municipaux genevois y seront représentés. Michael Ringier y montrera sa collection. Les visiteurs pourront aussi voir celle des banquiers Syz. Une commissaire invitée, Joanna Warsza, construira une exposition avec beaucoup de performances et de discussions. Elle s'intitulera d'ailleurs "No Show". 

Quelle impression vous fait ce mélange entre salon-vente et non commercial?
J'aime beaucoup l'interconnexion. "artgenève" peut du coup aussi ressembler à une mini biennale, qui serait annuelle.

Pratique 

"artgenève" se déroulera à Palexpo du 29 janvier au 1er février 2015. Nous y reviendrons dès l'ouverture. Photo (DR): Thomas Hug, qui s'occupe d'"artgenève".

Prochaine chronique le mardi 6 janvier. Nous restons à Genève avec les "Bourses" de la Ville, présentées au Centre d'art contemporain.

 

 

 

 

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