Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

FOIRE / "Design Miami Basel" joue la carte du (faux?) luxe

Les gens écrivent n'importent quoi. Tenez! Voici ce que j'ai lu à propos de "Design Miami Basel", programmé jusqu'au 22 juin à la Messe de Bâle, dans "Les Echos" du 13 juin. Cette foire, qui en arrive à sa neuvième édition, se serait "progressivement imposée comme le rendez-vous incontournable des collectionneurs de design du XXe siècle et des amoureux des pièces fortes, réalisées en édition limitée par les designers contemporains." Et c'est une journaliste, et non une attachée de presse, qui signe ça... Je resterai gentil. Je ne vous donnerai pas son nom. 

Il faut dire que cette manifestation, qui coïncide avec "Art/Basel" sans en faire partie, a enfin acquis depuis 2013 une certaine visibilité. Elle se trouve dans la nouvelle halle du Messeplatz, construite par les architectes Herzog & DeMeuron. Au premier étage seulement. Il faut dire qu'elle compte seulement 47 exposants. Pour meubler le rez-de-chaussée, intime comme une cathédrale, la foire a ainsi passé commande d'une œuvre énorme à Jamie Zigelbaum, qui a fait pleuvoir des triangles lumineux du plafond. Le public a de la sorte moins l'impression d'affronter un vide sidéral, comme l'an dernier, avant d'emprunter l'escalator.

Focalisation sur les années 1970 

Les exposants font soit du design historique, avec une focalisation sur les années 1970, devenues à la mode depuis que les décorateurs ont trop tiré sur la corde des années 1960, soit du mobilier actuel. Savoir jusqu'où ce dernier ressort du design devient une grave question. Le mot s'est vu tellement galvaudé depuis une dizaine d'année que nul ne sait plus trop ce qu'il signifie. Dès le XVIIIe siècle au moins, tout meuble d'un certain niveau s'est vu précédé d'un dessin. Les premiers "ornemanistes" sont apparus alors. Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil. 

La différence réside dans l'édition. Du "design en pièce unique" possède pour moi quelque chose de contre nature. Reste qu'entre la paire de ciseau tirée à des dizaines de milliers de copies et la table précieuse limitée à trois ou quatre exemplaires, il y un monde. Un monde parfois flottant. Patrick Seguin, de Paris, peut ainsi proposer une nouvelle fois comme une suprême rareté un prototype de construction à bon marché de Jean Prouvé remontant aux années 1940, et jamais vraiment popularisé. D'où un prix qu'on devine en conséquence.

Un monde très parisien 

En fait, la foire, qui ne possède pas le côté "schublig" et faussement bon enfant d'"Art/Basel", ressemble beaucoup au Pavillon des Arts et du design, ou PAD, proposé en mars dans le jardin des Tuileries. Elle pousse juste le domaine abordé jusqu'à aujourd'hui, avec des machins clinquants, à l'image de la sculpture étincelante de faux diamants proposée par Swarowski. Du reste, la français semble ici la langue majoritaire. Paris vient honorer les pays encore barbares. On retrouve ainsi au programme les noms d'Eric Philippe, de Jacques Lacoste ou de Steinitz, qui a étrangement amené du mobilier "grand genre" remontant aux règnes de Louis XV et de Louis XVI. 

Que retenir de tout ça, avant de revenir sur le Messeplatz où "Art/Basel" fait face, admirable symbole, au Cirque Knie? Un stand, parfaitement à sa place. Franck Laigneau, que le public retrouvera en septembre à la "Biennale des Antiquaires" du Grand Palais (et qui est un marchand toujours intéressant) propose du mobilier anthroposophe des années 1910-1920. Des créations étonnantes, en forme de cubes, correspondant à la philosophie de Rudolf Steiner. Le centre de cette église dissidente (dois-je dire secte?) se trouve en effet dans Dornach, à dix kilomètres de Bâle. Allez donc une fois visiter là-bas le Goetheanum!

Pratique

"Design Miami/Basel", Messe, Halle 2 Sud, Bâle, jusqu'au 22 juin. Ouvert de 11h à 19h. Site www.designmiami.com Photo (Franck Laigneau): Un bureau anthroposophe des années 1920.

Ceci est bien sûr un billet intercalaire. L'actualité se précipite!

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