Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

FLORENCE/Le marchand Roberto Casamonti ouvre son musée d'art moderne

Crédits: DR

Je vous l'avais annoncé en son temps. Eh bien c'est fait. J'ai même vu. La Collezione Roberto Casamonti s'est érigée en musée, ce qui dénote des ambitions. Elle occupe à Florence l'un des plus célèbres palais de l'élégante via Tornabuoni, à quelques encablures du Palazzo Strozzi. Un voisinage qui fait bien dans le paysage. Bâti au début du XVIe siècle par Baccio d'Agnolo pour un prix faramineux en dépit de sa petite taille, le Bartolini Salimbeni se distingue d'autant mieux que ses premiers propriétaires n'avaient pas adopté le style toscan, mais celui du Nord des  Alpes. La chose ne vaut cependant que pour la façade. La cour aux somptueux «sgrafittis» (décors imprimés à la chaux dans le revêtement mural) relève du plus pur goût local.

Qui est Roberto Casamonti? L'homme de la Galleria Tornabuoni, présente dans toutes les foires d'art moderne et contemporain ou presque. Elle était ainsi bien en vue au dernier ArtGenève. Agé de 78 ans, Casamonti a commencé par faire fructifier les fabriques de meubles de son père, un monsieur qui collectionnait déjà. Passionné d'art moderne, il a ouvert sa première galerie en 1981. Six succursales lui ont succédé. Tornabuoni a pignon sur rue à Milan depuis 1985, à Portofino depuis 2001, à Paris depuis 2009 et à Londres depuis 2015. La maison possède aussi un magasin à Crans-Montana, ouvert en 1992. Bref, elle occupe le terrain. Casamonti a gardé beaucoup d'oeuvres par devers lui. Son service de presse parle de 5000 pièces, ce qui m'a tout l'air d'un stock. Il pourra donc se permettre de faire rouler ses accrochages, ceux-ci se voyant confiés à Bruno Corà.

Le bel étage

Pour ce faire, Casamonti a acheté le bel étage du Bartonini Salimbeni, qui a trois grosses fenêtres seulement de façade. La première exposition se voit dédiée aux années 1900-1960, avec une ou deux pièces provenant de Casamonti père. Un brin bordélique, l'accrochage suit plus ou moins une chronologie. Une salle demeure réservée à la projection du film ou le collectionneur-galeriste se raconte. Afin que le message passe mieux, certaines de ses pensées courent en haut des murs, sous le signe de «la passion et l'instinct». Elles se voient projetées lettre par lettre par un système électronique, ce qui finit par distraire l'attention du visiteur. On ne peut pas dire que le propriétaire se montre particulièrement discret.

Sans surprise, les oeuvres retenues pour l'ouverture (qui a eu lieu le 31 mars) restent avant tout italiennes, même si Picasso (un vilain tableau), Fautrier, Léger, Karel Appel ou Georges Mathieu ont trouvé place sur les murs. Il y a donc là aussi bien Giovanni Boldini que Giorgio de Chirico, Alberto Savinio («L'ombre», une belle toile de 1932), Umberto Boccioni, Mario Tozzi, Carlo Carrà ou Mario Sironi. L'abstraction des années 1950  trouve ensuite sa juste place. C'est  le domaine favori de la Galleria Tornabuoni, qui présente jusqu'au 16 juin Afro à sa succursale parisienne. Roberto Burri ou Lucio Fontana se révèlent donc bien présents (1).

Problèmes de qualité

Le seul problème, c'est que ces tableaux, qui valent sans aucun doute fort cher, sont loin de tous posséder la qualité musée. Ils portent des noms flatteurs. N'est pas Ernst Beyeler qui veut. Il n'y a ici ni sa sûreté du goût, ni l'oeil d'un bon conseiller, comme a pu être Jean Planque pour le Bâlois. La laideur de la présentation n'arrange rien. Les beaux discours encore moins. L'amateur finit par se demander si un tel musée possède une véritable raison d'exister. Il eut sans doute mieux valu que la collection s'insère dans un musée d'art moderne et contemporain préexistant, en limant un peu les ego. Cela dit, on on peut pas dire que ces derniers (les musées, pas les ego) soient légion en Italie...

(1) L'art contemporain est prévu pour 2019-2020.

Pratique

«Collezione Roberto Casamonti, Dagli inizi del XX secolo agli anni'60», Palazzo Bartolini Salimbeni, 1, piazza Santa Trinita, Florence, jusqu'au mars 2019. Réservation obligatoire au 0039 055 60 20 30 ou prenotazioni@collezionerobertocasamonti.com Ouvert du mercredi au dimanche de 11h30 à 19h.

Photo (DR): La façade du Palais Bartolini Salimbeni.

Ce texte est suivi par une autre sur l'ouverture de la Fondation Zeffirelli à Florence.

Prochaine chronique le mardi 5 juin. La Biennale d'architecture à Venise.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."