FONDATEUR DE JSBG.ME

Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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Fisker Karma, et la lumière vint du soleil couchant

Bonne conscience. Alors que les journaux (et la météo, aussi, un peu) nous rappellent chaque jour que polluer c'est mal, comment continuer d'assouvir sa passion des grosses cylindrées sans culpabiliser? Plusieurs tendances semblent vouloir se dessiner. Chez les bobos urbains, les voitures électriques sont devenues très… branchées.

Le constructeur américain Tesla ne s'y est pas trompé en ouvrant son garage, enfin, plutôt sa boutique, à deux pas de la prestigieuse Bahnhofstrasse zurichoise. Le hic de ce dernier chic: l'engin ne sert qu'à frimer en ville, pas moyen de s'en servir pour de plus grands trajets, faible autonomie oblige. Parallèlement, la mode des véhicules hybrides bat son plein: autrefois réservée à d'hideuses Toyota et Honda, cette technologie sert aujourd'hui de caution pseudo verte aux constructeurs allemands, Mercedes et Porsche en tête, qui en équipent leurs grosses berlines et leurs 4x4. Mais avouons que déclarer écologique une voiture de 4 litres de cylindrée et pesant plus de deux tonnes simplement parce qu'elle est équipée d'un petit moteur électrique d'appoint n'est pas très sérieux. 

Fort de ce constat, Henrik Fisker, designer danois ayant fait les beaux jours de BMW et d'Aston Martin, s'est mis en tête de développer "une troisième voie": un système permettant de disposer d'une autonomie suffisante pour voyager sur de longues distances, tout en permettant au quotidien de ne pas du tout consommer d'essence, contrairement aux véhicules hybrides dont le moteur thermique est sollicité quasi en permanence. Quelques années et un 1,2 milliard de dollars plus tard, la solution de Fisker à ce problème s'est matérialisée sous la forme de la Karma. Ce premier modèle de la marque introduit une nouvelle technologie: l'extended range, maladroitement traduit en français par le constructeur en « prolongateur de liberté ». 

Concrètement, la voiture est équipée d'un propulseur électrique ainsi que d'un moteur à essence, mais contrairement aux véhicules hybrides déjà existants, il est possible de rouler en mode tout électrique sans que le moteur à essence ne s'allume automatiquement passé une certaine vitesse. Pour les trajets quotidiens jusqu'à 80 kilomètres, la Karma ne consomme donc pas d'énergie fossile. Au-delà de cette distance, le moteur à essence, un 2 litres turbo d'origine Opel, prend le relais.

Attention, il n’y a à aucun moment un lien entre cette mécanique située à l’avant et la propulsion électrique, qui elle, prend place à l’arrière. Ce moteur thermique agit comme une génératrice en produisant de l’électricité pour alimenter les moteurs électriques. Simultanément, d'autres solutions sont prévues pour recharger (un peu) les batteries: le toit du véhicule est équipé de panneaux solaires, les freins récupèrent l'énergie cinétique dégagée lors de freinages, enfin lors des descentes une sorte de frein moteur est disponible: en l'enclenchant, il emmagasine l’énergie produite par la décélération qu'il déclenche. Grâce à cette technologie, les propriétaires de Karma ne font le plein en moyenne que tous les trois mois et le véhicule ne consomme que 2,2l /100 km. 

Au volant, plusieurs modes de conduite vous sont proposés: Stealth (furtif), Sport ou Hill, ce dernier étant le mode vous permettant de disposer du frein moteur. La position Stealth est vouée à l'usage quotidien, puisqu'il s'agit du mode tout électrique. La voiture étant dans cette configuration totalement silencieuse et donc dangereuse pour les piétons et cyclistes, une sonorisation extérieure diffuse un bruit de navette spatiale, façon K2000 (David Hasselhoff non compris).

En mode Sport, vous disposerez de la totalité des 408 chevaux disponibles, et la Karma vous propulsera de 0 à 100 km/h en 6,6 secondes, puis jusqu'à sa vitesse maximale limitée à 200 km/h, et ce sans aucun à-coup: elle ne dispose que d'un seul rapport. À ce rythme, la voiture offre une stabilité à toute épreuve. Equipée d'origine de gigantesques roues de 22 pouces, la Karma bénéficie d'une tenue de route impeccable. Voilà de quoi satisfaire l'amateur de voitures sportives en quête de rédemption écologique. Mais pour convaincre ces clients exigeants, cela ne suffit pas: le design et l'équipement entrent aussi en ligne de compte lors de l'acte d'achat. 

Au niveau look, aucun souci: la Karma a une gueule d'enfer. Après avoir signé la BMW Z8 et l'Aston V8 Vantage, Henrik Fisker nous livre ici une ligne hors du commun pour une berline quatre portes: longue comme un jour sans pain (près de 5 mètres), largissime et dotée d'un toit très bas, la voiture offre un profil unique encore rehaussé par ses énormes roues. Regards ébahis assurés lors de vos passages en ville, sans parler de l'effet ravageur de la bande son façon science-fiction. 

L'intérieur est dans la même veine. Le tableau de bord est équipé d'un écran géant gérant quasiment toutes les commandes. Quant aux matériaux utilisés, là encore la conscience verte a fait son oeuvre: plastiques recyclés et bois provenant d'incendies de forêts ou de tempêtes. La voiture ne dispose pas d'une banquette à l'arrière mais offre bien quatre places, de superbes sièges individuels tendus d'un cuir certifié 100% compatible avec les règles du développement durable. Il provient d'une tannerie écossaise recyclant ses propres déchets pour fabriquer son électricité et n’utilisant pour ainsi dire pas de produits chimiques. Si vraiment vous souhaitez aller jusqu'au bout de la démarche et éviter le cuir, Fisker propose également une sorte de velours réalisé à partir de matériaux recyclés d'origine non animale.

Au final, la Karma s'avère donc être une alternative très viable aux grosses berlines allemandes. Là réside sans doute la plus grande réussite de Fisker: contrairement à d'autres constructeurs exotiques ne disposant pas de réseau de vente sérieux et restant confinés à une clientèle de riches passionnés, la marque californienne a réussi à s'imposer dès le départ comme un produit digne de confiance.

Coup de bol pour les clients helvétiques, Henrik Fisker aime tout particulièrement notre pays. Il y a vécu lorsqu'il suivait ses études à la Tour-de-Peilz et est aujourd'hui devenu ambassadeur de la manufacture horlogère Maurice Lacroix. Fisker est distribué en Suisse par Emil Frey, déjà importateur de marques aussi réputées que Toyota, Mitsubishi ou Jaguar et offrant un réseau de garages sur tout le territoire ainsi qu'une très rassurante garantie de 4 ans. Pour un prix s'échelonnant selon l'équipement et les versions de CHF 129'900.- à 149'900.-, la Karma a de quoi sérieusement dérouter les acheteurs habituels de BMW, Mercedes, Audi et autres Lexus, exclusivité et design futuriste en prime.

- Jorge S. B. Guerreiro

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