Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Fillon: «Le cave se rebiffe»

Comment ne pas penser, à l’issue des primaires de la droite, à «Le cave se rebiffe», ce classique du cinéma français des années 60, aux dialogues inimitables de Michel Audiard? L’histoire de deux truands, Blier et Gabin, rivalisant de roublardise pour organiser un trafic de fausse monnaie, et où à la fin, le «cave» - technicien de l’ombre, personnage secondaire par excellence - se fait la malle avec le magot, laissant marron les deux favoris.

François Fillon, si méprisamment qualifié en public de «collaborateur» par Nicolas Sarkozy, quand, premier ministre, son image d’exécutant fidèle lui collait tant à la peau, tient aujourd’hui sa revanche. Et de quelle manière! Lui, qui avait réussi la prouesse de perdre contre l’impopulaire Jean-François Copé, à l’issue d’un scrutin contesté pour la présidence de l’UMP, a manqué dimanche de peu l’élection au premier tour, quand le maire de Meaux réalisait un historique 0,3%.

Aussi terne que Sarkozy brillant, et surnommé affectueusement par l’humoriste Laurent Gerra le «croque-mort de la Sarthe», Fillon a toujours encaissé les humiliations en restant droit dans ses bottes. Au risque de paraître faible et confiné aux tâches subalternes.

Dimanche soir, contre toute attente, le positionnement a payé. Prenant à contrepied la scène médiatique française, qui dissertait à l’envi sur le futur deuxième tour entre Sarkozy et Juppé, l’électorat –ça commence à être un habitude- a surpris. Lassé des orateurs brillants et des promesses d’avenir radieux, il s’est tourné vers celui qui ne promettait ni le renouveau, ni l’identité heureuse, mais du sang et des larmes. Des coupes budgétaires, de l’austérité et l’abrogation des 35 heures.

Les Français aiment que «le cave se rebiffe». Ils l’avaient montré en 1995, quand Chirac, au fond du gouffre et abandonné de tous deux ans auparavant, coiffait Balladur sur le poteau. Dimanche soir, c’est Sarkozy qui en a fait les frais. Le patron a été poussé dehors par le plus terne de ses «collaborateurs». Finalement, c’est peut-être une chance pour lui. Si Fillon est élu, il sera sûrement un des derniers Français à pouvoir prendre sa retraite à seulement 62 ans.

 

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