Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Fiat lux

Le 1er avril, on observe un phénomène assez étonnant : l’être humain se concentre pour tenter de distinguer le faux du vrai. Autant dire que le 1er avril pourrait être la Journée Mondiale du discernement, de l’esprit critique ou de la prise de conscience. Mais non, il s’agit juste du jour dédié, dans le calendrier grégorien, aux canulars.

Donc, chaque 1er avril, nous suivons l’actualité avec une casquette inédite les 364 autres journées : celle d’enquêteur. Nous scrutons chaque information, mettant en balance la crédibilité de celle-ci avec sa plausibilité, en analysant la source, l’heure, le recoupement avec d’autres sources, les commentaires des uns et des autres, etc. Evidemment, entrent en compte d’autres paramètres : la dangerosité politique ou économique d’un canular (en 2001, le président yougoslave Slobodan Milosevic était arrêté, mais il paraissait peu probable qu’il s’agisse d’un poisson d’avril, sauf si l’humour yougoslave avait vraiment ses règles propres), sa capacité à faire du buzz, la possibilité de démenti immédiat, tout ceci intervient dans le cadre de notre évaluation d’une information. Enfin, le 1er avril, évidemment.

Peu superstitieux, Jobs et Wozniak avaient fondé Apple le 1er avril 1976. Un événement que les anti-pommes considèrent sans doute comme le meilleur poisson d’avril de tous les temps (vu qu’il dure depuis 37 ans !), tandis que les aficionados, eux… J’aime à croire qu’en 527, certains Romains se sont peut-être réveillés en accueillant la nouvelle du couronnement de Justinien comme Empereur romain d’Orient avec un sourire sceptique, de même qu’en 1938, le lancement d’un café instantané par une marque suisse a sans doute pu paraître loufoque à nos anciens. Ce qui est finalement le plus drôle c’est que le 1er avril, certaines « vraies » informations dépassent tous les canulars de la journée, tandis que les plus naïfs mettent en doute TOUTES les nouvelles datées de ce jour-là.

On reconnaît facilement la deuxième catégorie : un jour par année, elle a connecté les deux neurones de son cerveau et se sent soudain des dons de clairvoyance. « Des lunettes Google permettant, sur commande vocale, de prendre des photos, de les partager, etc. ? Trop évident, comme canular ! », «un mort à Koh-Lanta ? Pfff, ils auraient pu trouver plus fin… », et là, je ne parle que des plus symptomatiques. Généralement, ils ont un point commun : ils scrutent l’actualité le 1er avril, mais ont un train de retard sur ce qui se passe le reste de l’année.

Quant aux informations qu’on préfèrerait voir apparaître sur notre fil d’actualité un premier avril, citons dans le désordre : la Corée du Nord et son bébé géant à la Miyazaki qui partent en live, Carla que l’on prend pour une experte en politique, des gosses qui se suicident parce qu’ils sont harcelés sur les réseaux, un carambolage géant sur l’A9, l’abandon de milliers d’œufs non découverts par les enfants lors de chasses faisant fi des droits du chocolat ou des poules, Top Chef qui se termine à minuit et quart et tant d’autres nouvelles qui, chaque jour, rendent notre monde un peu moins idéal que ce que nous souhaitons le 25 décembre, bien loin des résolutions du 1er janvier ou de notre foi en l’amour consacrée le 14 février.

Personnellement, moi, j’aimerais bien mourir un 1er avril, comme Marvin Gaye, Robert Doisneau ou Ed Roberts : tout ceux qui ne m’apprécient pas vivraient la joie vissée au ventre, mais hésiteraient à s’enthousiasmer, quant aux autres, ils penseraient qu’il s’agit encore d’une de mes bonnes blagues. Et ce serait sans doute effectivement la plus réussie…

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