Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

FESTIVAL / Olivier Py vient défendre Avignon à Genève

Le menu était connu depuis mars 2014. Il a bien failli tourner au vinaigre il y a quelques jours en Avignon. Olivier Py, l'homme par qui se scandale est plusieurs fois arrivé arrivé à Genève (et, soyons justes, tout aussi vite reparti) n'aura pas besoin de faire de son corps un rempart contre le Front National. C'est la candidate du PS qui a finalement passé. 

Le nouveau directeur a donc pu présenter hier à Genève son programme de la 68e édition. Il le faisait bien sûr pour la partie officielle. Depuis quelques temps déjà, les murs parisiens arborent l'affiche du "off". "Mille trois cents spectacles". De quoi donner envie de vomir sur le champ, ou plutôt sur le trottoir, quelque part entre le Palais des Papes et la place de l'Horloge envahie par des milliers de festivaliers en goguette. Trop, cela reste tout de même trop. L'avenir du spectacle serait-il donc quantitatif?

Un programme sans hiérarchies

C'est la Salle des Abeilles, à l'Athénée, qui a accueilli la ré-annonce du programme. Olivier Py était invité par la Ville. Il faut dire que Berthe Juillerat, la "femme en rouge", se démène dans notre ville pour le Cercle des mécènes du festival. Il reste difficile de contrecarrer la dame. Notre cité grouille en outre de gens de scène, et même de théâtreux. Ce sont ces dernier qui étaient les hôtes, prêts à entendre la bonne parole. Ils n'ont pas été déçus par un homme qui, à en lire le programme, "habite le théâtre depuis 1988". Un lieu où règne aussi la crise du logement. 

Olivier Py défend ses spectacles "sans hiérarchie", même s'il s'étend davantage sur "Le prince de Hombourg". "Le plus modeste en apparence d'entre eux risque d'apparaître après coup comme le plus important." Il veut un festival ouvert aux jeunes et à l'Europe. Surtout celle du sud, qu'incarne la Grèce. Son intérêt descend jusqu'au Maghreb. Le FN appréciera. "On ne peut pas lutter contre lui avec le silence." Espérons que ce ne soit pas non plus avec le verbiage. "Un Festival politique et poétique, cela signifie que seule la politique culturelle est véritablement politique", dit la présentation par Py de son festival dans le programme...

La menace des intermittents

Il y a bien sûr de bonnes idées, comme de baisser le prix des places et d'enfin créer des abonnements. Il y a aussi des évidences. Je pense à celle de collaborer, toute l'année, avec une école d'un quartier défavorisé à peine distante d'un kilomètre du centre ville. Mais faut-il vraiment s'en faire un drapeau, un oriflamme, comme s'il y avait là des idées de génie? Avignon rattrape son retard, trop concentré qu'il était sur ses grands spectacles, qui feront alterner comme d'habitude en juillet grands classiques et créations. Il y aura aussi de longs spectacles, ces derniers culminant avec l'"Henry VI" de Shakespeare, donné dans sa version de dix-huit heures. Je me demande à ce propos si celles passées à dormir dans la salle compteront ou non dans la performance. 

Un bémol, à part le FN dans le rôle du traître de mélodrame. Lequel? Mais les intermittents du spectacle, bien sûr! On sait qu'un accord gouvernemental, jugé inique, va encore les précariser. C'est du moins la version d'Olivier Py, aux antipodes de celle servie aux lecteurs du "Figaro". Une fois encore, le nouveau directeur laisse perplexe. Il avait accusé quelques minutes plutôt la droite d'être responsable, "par sa faiblesse", de la montée du FN (faudrait-il, du coup, renforcer la droite?). Py se dit ici en phase avec les intermittents, ce qui ne l'empêchera pas de "tout faire pour qu'Avignon se déroule dans son intégralité." Pas de sabordage. Il ne faut pas répéter l'annulation de 2003. Cet exercice de schizophrénie montre bien les limites de ce qu'a pu constituer, en période de vaches grasses, la contestation subventionnée. Il y a des moments où il faut choisir son camp!

Pratique

Festival d'Avignon, du 4 au 27 juillet, site www.festival-avignon.com Photo (Bertrand Langlois-AFP): Olivier Py, qui dirigera en juillet son premier festival d'Avignon.. s'il a lieu.

Ce texte va avec celui qui le suit immédiatement. Ce dernier est consacré aux expositions cet été dans le Sud de la France.

Prochaine chronique le dimanche 8 juin. Arian Goetz a donné un nouveau polar sur le monde de l'art. Analyse d'un genre, avec ses réussites et ses ratés.

 

 

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