Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

FESTIVAL / Genève prépare sa "Fureur de lire"

Il arrive en retard, tout essoufflé. Il repartira en courant, non sans avoir reçu un coup de fil et sans qu'un de ses collaborateurs se soit risqué à notre table. «La fureur de lire» a transformé Dominique Berlie, le Monsieur Livre et Monsieur Musiques contemporaines de la Ville, en feu follet. Cette manifestation biennale tient en effet de la grosse machine. Les Genevois pourront le constater du 8 au 13 octobre. Il faut dire que «Les Utopies» constituent par essence un vaste programme, même si bien des gens ne croient plus aujourd'hui à la moindre d'entre elles.

Rappelez-nous d'abord, Dominique Berlie, ce qu'est «La fureur de lire» genevoise.
Il s'agit d'une manifestation lancée il y a une vingtaine d'années par Alain Vaissade, le magistrat alors en charge de la culture municipale. Elle venait après l'adoption locale de la «Fête de la musique». La chose ne partait pas de rien. Il y avait eu auparavant «Le bateau livre», qui voguait entre Genève et Thonon.

Une autre entreprise, «In Folio», prenait place les années paires.
Attention! «In Folio», qui a terminé sa course il y a une quinzaine d'années, n'avait rien à voir avec la Ville. Il s'agissait d'une création purement privée, qu'assumait l’association Catachrèse. La catachrèse forme, rappelons-le au passage, une figure de style.

En 2011, «La Fureur de lire» se penchait en 2011 sur le polar. Ce sont cette fois les utopies...
L'idée a toujours été de tourner autour d'un thème. Le premier adopté reste sans doute le plus pointu. Il s'agissait des écrivains antillais. Citons pour la suite le voyage, auquel a participé Nicolas Bouvier, alors qu'on le lisait encore bien peu dans le grand public, la littérature de bouche, le jardin ou l'exil.

Vous ne jouez pas cette fois la facilité...
Mais on savait que ce serait difficile! Nous avons donc travaillé avec les deux scénographes pour ce qui constitue aussi notre retour à la Salle communale de Plainpalais. Stéphanie Guibentif et Yvonne Harder donneront une esthétique cohérente au projet. Elles nous éloigneront de l'aspect frontal que gardent normalement les débats face au public. Ce sera plus expérimental. Et puis, il y a autour de moi toute une équipe de programmation! Je citerai juste Olivia Cupelin et Laura Sanchez.

Comment verrez-vous globalement l'utopie?
Il convient de rappeler qu'il s'agit au départ d'un genre. En plein XVIe siècle anglais, Thomas More a publié un récit montrant une société idéale vivant sur une île. Cette société implique un urbanisme et une architecture nouveaux. L'utopie classique se situe donc aux confins de la philosophie, de l'art et du social.

L'illustrerez-vous d'une manière particulière?
Oui. Nous voulions associer le monde du livre à notre démarche. Cela nous semblait important au moment où la librairie se porte mal, même si Genève résiste plutôt mieux que Lausanne, où c'est vraiment la catastrophe. Ce sont des lieux qui doivent se réinventer. Changer de modèle. Pensez aux efforts qu'accomplit au boulevard Georges-Favon Le Rameau d'or. Mais le propos devrait s'étendre aux bibliothèques. Elle aussi cherchent une voie nouvelle. Comment peut-on diffuser en cessant d'être simplement vendeur ou distributeur pour devenir prescripteur?

De quel budget disposez-vous pour toutes ces tables rondes, ces expositions, ces conférences? La "Fureur" est ouverte par Russell Banks, le 8 octobre, et close par Isabelle Huppert, qui lira du Sade le 13 octobre...
En programmation, nous en avons pour 150.000 francs, mais il y a des coproductions. Tout compris, avec les salaires et l'organisation, nous arrivons à un demi million.

Quel est le public visé?
Je récuse l'idée d'un public cible. Il y en aura pour tout le monde, à condition toutefois de s'intéresser au débat d'idées, d'aimer le livre et la lecture.

Quels sont les rapports entre «La Fureur de lire» et le «Salon du livre», qui doit lui aussi se réinventer?
Le «Salon du livre» a été violemment bousculé par «Le livre sur les quais» de Morges. Il est condamné à devenir un rendez-vous d'auteurs au lieu de constituer un simple terrain pour les éditeurs et les diffuseurs. Mais il y subsiste tout même une grosse différence. Les auteurs y défendent leur livre de l'année. Un salon tourne autour fatalement autour de l'actualité. La «Fureur», elle, peut se permettre de ne pas en tenir compte. Il y est souvent question d'ouvrages parus il y a quelques années, voire cinq siècles, comme pour celui de Thomas More.

Pratique

«La Fureur de lire, Les Utopies», Salle communale de Plainpalais, 52, rue de Carouge, du 8 au 13 octobre. Tél. 022 418 65 73, site www.fueurdelire.ch Du mardi au vendredi de 17h30 à 24h, samedi de 11h à 24h, dimanche de 11h à 19h. Les expositions sont vouées au «Utopies d'hier et d'aujourd'hui, De Thomas More à Luc Schuiten», à «Bilal & Druillet», aux «Cités idéales» et à Yannis La Macchia, qui proposera «999 au carré». Toutes n'auront pas lieu à la Salle communale de Plainpalais.  Photo (site de la Ville): Une des précédentes éditions de "La fureur de lire".

Prochaine chronique le lundi 7 octobre. Le Musée d'Orsay propose à Paris "Masculin, masculin". 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."