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FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

Ferrari - Visite du temple italien de l’automobile

Maranello, fin avril 2014. Cette petite ville du nord de l’Italie connaît une météo fraîche pour la saison. Pas de quoi refroidir toutefois l’entrain de milliers de collaborateurs qui se rendent de bonne heure sur le campus de la marque mythique originaire du lieu, Ferrari. C’est là en effet que, depuis toujours, les voitures arborant le célèbre cheval cabré sont dessinées et construites.

On sent battre le coeur de la cité au rythme du constructeur. Les rues avoisinant les bâtiments de la marque - souvent baptisées en mémoire d’illustres pilotes ayant porté haut ses couleurs - résonnent régulièrement du feulement rauque d’un moteur en test routier ou d’un nouveau modèle poussé à ses limites sur la toute proche piste de Fiorano. 

De quoi générer aussi toute une économie parallèle à l’activité de la marque, digne d’un champ de foire. Les échoppes en tous genres abondent, offrant force produits logotypés - pas forcément officiels - plus ou moins réussis mais toujours très colorés, sans parler des baptêmes proposés à bord d’un bolide rouge, à l’échelle 1:1 celui-ci. Très kitsch - à l’image d’un parc d’attraction - mais bon enfant.

Sitôt pénétré dans l’enceinte de l’usine, le ballet des visites - nécessitant une accréditation en bonne et due forme - commence. Tout y est réglé comme une mécanique de haute précision, très maîtrisé. Première surprise, le film projeté en préliminaire semble prioritairement destiné au recrutement de nouveaux collaborateurs, tant il s’attache à démontrer l’implication du constructeur dans le bien-être de ses ouailles. En réalité la conséquence d’un programme intitulé Formula Uomo, dont l’ambition consiste à placer le collaborateur au centre de toute l’activité de l’entreprise.

Seconde surprise: un bus nous attend à l’issue de la projection, tant les dimensions du site s’avèrent imposantes. Pas moins de 550’000 m2 au total, avec près de 50 bâtiments distincts (!) réalisés par les plus grands noms de l’architecture moderne: Piano, Fuksas, Nouvel, Visconti ou encore Sturchio.

Le premier visité - ultramoderne et baigné de lumière naturelle - abrite la fabrication des composants mécaniques. L’homme y est omniprésent, quand bien même certains postes sont tenus par des robots. Difficile d’y déceler toute la magie distillée par la marque, tant les pièces du puzzle s’avèrent encore éparpillées à ce stade. Quelques véhicules - historiques ou plus récents - disposés à l’entrée de la halle rappellent du reste aux collaborateurs de cette unité qu’ils participent pleinement à la réussite de l’entreprise et à la fascination qu’elle suscite auprès de nombre de passionnés.

Pour suivre, la partie consacrée au montage des moteurs: deux lignes distinctes, respectivement dédiées aux 8 et 12 cylindres. La cadence de production de la première s’avère nettement plus élevée que celle de la deuxième, beaucoup plus courte. Seuls les mécaniciens les plus chevronnés montent - de A à Z, contrairement aux V8 - les plus prestigieux moteurs. Environ 60 groupes propulseurs au total sortent quotidiennement de cet atelier à la taille imposante.

La troisième zone présentée est vouée à l’assemblage final des voitures. Là également, l’organisation du travail s’effectue en fonction de l’architecture des moteurs: V8 au rez-de-chaussée, V12 à l’étage. Les carrosseries peintes - pas moins de onze teintes différentes de rouge disponibles au catalogue! - arrivent suspendues à d’énormes pinces sur la « chaîne ». En réalité une succession de postes - très nombreux - tenus par des ouvriers spécialisés. Des écrans leur indiquent la progression du compte-à-rebours - 20 minutes pour les V8, 60 pour les V12 - avant que la totalité de la chaîne de production n’avance d’un poste, de manière synchronisée et automatisée. Impressionnant. Chaque exemplaire produit - une trentaine par jour - prend ensuite la direction de différents contrôles qualité, à l’issue desquels il est encore soumis à un essai routier.

La division sportive ne se visite évidemment pas, les secrets de fabrication des Formule 1 devant rester à l’abri des regards indiscrets. Le « garage le plus cher au monde » - tel qu’il est présenté - ouvre cependant volontiers ses portes. Il contient une collection d’anciennes F1, acquises à prix d’or - plus d’un million d’euros la pièce - par des privés sélectionnés par la marque. Ces passionnés argentés ont ainsi le privilège de pouvoir piloter d’anciennes gloires de la firme, tout en bénéficiant de la coûteuse mais ô combien essentielle maintenance proposée par l’usine.

Autre garage de luxe, celui abritant les séries limitées ultra-sportives, les fameuses 599XX et FXX. Les circuits les plus exigeants au monde constituent leur terrain de jeu favori, Ferrari prenant là aussi en charge - contre espèces sonnantes et trébuchantes bien entendu - la logistique et l’assistance technique nécessaires. A voir l’impressionnante collection d’autocollants ornant la carrosserie de certains bolides - attestant leur participation à des compétitions parfois très lointaines -, on peut imaginer que certains rêves d’enfants soient devenus réalité…

Le musée - accessible au grand public évidemment - complète la visite en présentant les étapes essentielles du développement de la marque et ses modèles emblématiques. Des expositions temporaires - California dreaming lors de notre passage - enrichissent le panorama, alors qu’un panneau bien en vue à la sortie rappelle au visiteur que l’un des plus illustres pilotes de la marque - Michael Schumacher, cinq fois champion du monde avec Ferrari - affronte aujourd’hui une compétition d’une toute autre nature.

A l’heure de célébrer les 20 ans de la disparition d’un autre monstre sacré de l’histoire automobile - Ayrton Senna, décédé le 1er mai 1994 à Imola -, c’est l’occasion de rappeler que la « grande famille » du sport automobile paie aujourd’hui un bien moins lourd tribut - personne ne s’en plaindra! - à la compétition que par le passé.

La découverte des coulisses du constructeur s’achève - on s’en doutait - par un passage à la boutique officielle. Histoire d’emporter - pour les moins gâtés dont le garage n’abrite pas (encore) de cheval cabré - un petit morceau de la célèbre marque italienne.

Merci à Blaise Zuchuat (www.ferrari-zenith.ch) d’avoir rendu cette visible possible

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