<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Femmes: déjà l’égalité

Au début de ma carrière, j’étais à fond pour les femmes. Plus mon expérience avance et plus je me dis que les femmes sont des hommes comme les autres. Etat de ma science à ce sujet et tentative de démonstration. Par deux fois, j’ai engagé des femmes très blondes (un hasard) et, dans les deux cas, on m’a suspecté — à tort! — d’avoir couché avec elles et cela s’est mal terminé. A chaque fois, les autres femmes de l’équipe ont fait du petit bois de leurs collègues, ce qui s’est traduit par la démission des intéressées. Leçon N° 1: pas de blondes. Quand nous préparons la cover du numéro femmes, c’est le crêpage de chignon assuré. Du côté des garçons, nous prenons garde de ne pas aborder le sujet de manière frivole. Les filles, elles, trouvent que les femmes patronnes mises en «une» du magazine ne sont jamais assez sexy. Nous avons beau leur rétorquer que les directrices que nous croisons sont rarement inscrites dans le registre de la bombe sexuelle, ne serait-ce que sous l’angle vestimentaire, rien n’y fait. Les automatismes associés à la femme en cover de magazine ont la vie dure chez les filles… Bref, il faut qu’une cover-girl soit blonde et si possible aguicheuse. Leçon N°2: pas de brunes. Au vu de la proportion de rousses dans la population, cela ne va pas suffire. Changeons d’angle de vue. Vu que les femmes peuvent être impitoyables entre elles pour décrocher des postes et qu’elles mettent la question du physique invariablement sur la table, autant dire qu’elles se comportent comme des hommes. Le problème pour atteindre le même niveau de liberté que ces derniers? S’assumer comme femme avec les travers qui vont avec et pas seulement avec les qualités habituellement associées au beau sexe dans le monde professionnel. J’ai animé trop de tables rondes sur le thème pour savoir que l’évolution des carrières féminines est le pire des thèmes. Le débat tourne toujours autour de considérations  vagues et moyennes quant au fantastique apport des femmes dans l’entreprise qui serait tellement différent de ce que peut amener un homme. Mon œil. Mesdames, permettez-moi de vous rassurer quant à votre niveau d’évolution par rapport au marché du travail: vous êtes totalement compétentes, superambitieuses, absolument superficielles, intéressées uniquement par le pouvoir et, financièrement, par le retour rapide sur résultat. Bref, vous êtes comme nous. Certes, il y a un million de nuances à apporter à tout cela mais autant qu’entre un homme décidé et un autre qui l’est moins, par exemple. L’essentiel se trouve là: les femmes ne peuvent pas se battre pour l’égalité et se déclarer en même temps fondamentalement différentes des hommes quand elles veulent atteindre des niveaux de responsabilité et de rémunération équivalents à ces derniers. Ce n’est pas une bonne tactique. Encore un peu de lutte pour vous hisser à des niveaux de rémunération égaux aux nôtres et après, svp, laissons tomber la glorification à tout prix de nos différences respectives, plus personne n’y croit.   

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