Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Federer, un leader à la fois stratège et alchimiste

Il existe de nombreuses études sur le leadership. L’analyse faite auprès de milliers de dirigeants par David Rooke et William Torbert, parue en 2005 dans le Harvard Business Review, démontre que le leadership n’est pas inné, qu’on ne naît pas leader mais qu’on le devient.

Ce qui différencie les leaders, selon cette célèbre étude qui définit sept types de leaders, c’est leur “logique d’action interne”, c’est-à-dire la manière avec laquelle ils interprètent leur environnement et réagissent lorsque leur pouvoir est ébranlé ou menacé. Selon eux, les leaders les plus efficaces et les plus porteurs sont “le stratège” et “l’alchimiste”. Ces acteurs positifs apprécient les transformations organisationnelles et personnelles, excellent dans leur capacité à gérer le changement, à la fois à court terme et sur la durée, et à intégrer les évolutions de leur environnement de manière profonde et complète. Les autres types de leaders – l’opportuniste, le diplomate, l’expert, le compétiteur et l’individualiste – sont plus répandus mais jugés moins efficaces par les auteurs.

Le stratège et l’alchimiste ne représentent que 5% des leaders interrogés. Dotés de valeurs morales élevées, ils sont à la fois idéalistes et pragmatiques. Ils n’ont pas peur de mener de nombreuses activités en parallèle, et ont une capacité hors norme à épouser la complexité des situations et des enjeux. Ces dispositions particulières leur permettent plus facilement de parvenir à leur fin. Autrement dit et pour faire une référence à la méditation, ils sont capables de gérer le réel en pleine conscience.

Les sociologies parlent de “rigueur flexible” à leur sujet: ils sont très clairs sur la stratégie et les objectifs à atteindre, et en même temps très souples sur la manière d’y parvenir, car ils connaissent les vicissitudes de la vie et les impondérables de la condition humaine. 

Le tennisman Roger Federer, entre autre, incarne presque à la perfection ce type de leader efficace. Depuis la début de sa carrrière, il n’a cessé de se fixer des objectifs majeurs, ambitieux, répondant à ses rêves d’enfant – gagner des Grands Chelems et des titres majeurs (88 titres à ce jour !), jouer le plus longtemps à ce jeu qu’il aime tant, et s’entraîner dur pour forcir son corps d’athlète. Et dans le même temps, il a su développer une capacité hors norme d’invention et de créativité dans son jeu, lui permettant souvent de se sortir de situations scabreuses et d’enchanter le public par ses coups de génie. D'ailleurs, sans invention, le tennis ne tiendrait aucune de ses promesses. A tel point que l’on peut accoler au Maître la fameuse formule qu’on délivrait jadis à John McEnroe: “On ne sait pas si Roger Federer a été inventé pour le tennis, ou si le tennis a été inventé pour lui”…

Ne jamais transiger sur l’objectif, se donner les moyens d’y parvenir, gérer les aléas du jeu avec détermination et plaisir. Oui, pour être un leader efficace, il faut aimer ce que l’on fait. Et Federer continue de nous enchanter car, il le dit souvent, il aime son sport plus que tout. Profitons pleinement des années qui nous restent de l’annonce de sa retraite. Ce jour-là, nous penserons au poème “L’isolement” de Lamartine: “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé…”. Et nous nous sentirons tous orphelins du plus grand leader que le tennis ait jamais eu…

 

 

 

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