Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Faut-il être un leader responsable ou convaincu?

Quand un François Hollande décrète l’état d’urgence durant trois mois, il fait passer son sens des responsabilités avant ses propres convictions. Quand un Didier Burkhalter relativise la votation du 9 février 2014 et souligne l’importance de la solidarité nationale, il fait de même. Idem quand un Nelson Mandela tend la main à ses geôliers en lançant un programme de réconciliation nationale en Arique du Sud. Au contraire, quand un chef d’Etat s’enferme dans une logique idéologique et dogmatique ou quand un chef d’entreprise s’entête à poursuivre dans l’erreur par obstination, il perd pied avec la réalité. C’est la différence entre un leader responsable et un leader convaincu.

La communication politique et économique concerne la manière dont les hommes politiques et les chefs d’entreprise élaborent leur positionnement et diffusent leurs messages dans l’espace public. Un leader politique ou économique connait peu la différence wébérienne entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité, et les confond parfois dans son action. Dans son célèbre ouvrage « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme », paru en 1904, le grand sociologue allemand Max Weber a en effet défini deux éthiques bien distinctes pour expliquer les dimensions du pouvoir et l’action politique, et qui sont inhérentes à leur fonction.

D’une part, l’éthique de la responsabilité concerne l’ensemble des engagements et des actions qu’un leader doit mener dans le cadre de ses fonctions et de son mandat, parfois au détriment de son éthique de conviction. L’éthique de responsabilité repose ainsi sur l’acceptation de répondre aux conséquences de ses actes, la mesure des priorités stratégiques, et le sens de l’intérêt pour le plus grand nombre. Autrement dit, un leader responsable doit apprendre à dépasser ses convictions personnelles, identitaires et partisanes au nom de l’intérêt bien compris des citoyens ou de son entreprise. Il doit prendre la mesure de sa fonction globale, et mettre parfois de l’eau dans son vin pour parvenir à ses fins et embrasser les enjeux dans toute leur complexité.

D’autre part, l’éthique de la conviction concerne le système de valeurs, de croyances et de pensées d’un leader. Ceci forge ses convictions profondes. Ces valeurs sont également constitutives de son identité en tant qu’homme et en tant que personnage public. Les convictions forment le substrat de son engagement politique ou entrepreneurial. Selon Weber, les hommes politiques qui agissent selon une éthique de conviction sont le plus souvent sûrs d’eux-mêmes et agissent de manière doctrinale, voire parfois dogmatique. Ceci peut embuer leur vision, caricaturer leur pensée et les empêcher de penser « out of the box » comme disent les stratèges.

Or selon Weber, bien que ces deux éthiques cohabitent chez un homme public, ce dernier ne doit jamais les confondre. Ainsi, lorsqu’existe un conflit d’intérêts entre les deux, il doit toujours favoriser l’éthique de la responsabilité et mettre un bémol à une approche inspirée de ses croyances. Ceci est fondamental pour comprendre les enjeux de la communication politique et économique, et permettre à un leader d’être efficace dans l’espace public.

 

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